Excuses chez Facebook
7 décembre, 2007 · 1 commentaire
Les péripéties de facebook et de ses nouveaux outils de marketing intrusif, voire subversif, continuent de faire des vagues. A tel point que le fondateur du site, Mark Zuckenberg de son nom, vient de présenter des excuses sur son blog.
Ce dernier avait annoncé en grande pompe au début du mois de novembre un nouveau produit publicitaire, Beacon, permettant d’acheter l’affichage d’un message auprès d’un groupe d’utilisateur du site présentant certaines caractéristiques similaires. Là où le produit s’annonçait prometteur, c’est que le profilage avait été fait par l’utilisateur s’étant lui même décrit. Simple et efficace (voir Rébellion chez Facebook un peu plus bas dans le blog).
Cette annonce avait déclenché de nombreuses protestations sur internet, dont la plus visible a certainement été la pétition de moveon.org, signée par 50 000 personnes. Je me demandais alors si cette réaction allait réellement aboutir à des modifications concrètes du fonctionnement du site ou si le fondateur allait simplement attendre que les esprits se calment et continuer sereinement l’exploitation de la mine d’information que son site recèle.
La réponse est donc rassurante : les utilisateurs peuvent avoir un poids réels lorsqu’ils se fédèrent efficacement. Ceci réduit donc la portée de l’exploitation commerciale pouvant être faite de ce site.
Il est par contre difficile de croire à la naïveté du fondateur du site, qui aurait, je cite, découvert que "nous avons fait un mauvais travail avec ce système". Ses excuses viennent très probablement d’une vraie crainte qu’il a dû avoir : imaginer son site, au succès jusqu’alors fulgurant, perdre son aura et cette primatie sur l’univers des sites de mise en réseau.
Le risque commercial a donc été temporairement mis à mal. L’exemple de Kevin Colvin, stagiaire à l’Anglo Irish Bank, montre cependant que le deuxième risque, celui de voir des éléments de sa vie privée utilisée à des fins non totalement désirées, est bien réel. Il était absent au travail pour «raisons familiales» jusqu’à ce que son patron ne lui envoie un très courtois "sympa la robe" avec sa photo, déguisé en fée à la soirée de la veille …
http://marcrousset.over-blog.net
m_rousset@yahoo.fr
Rébellion chez Facebook
20 novembre, 2007 · 1 commentaire
L’annonce, faite par le fondateur du site, de la stratégie marketingo-commerciale de facebook, a déclenché au cours du mois de novembre une vague de rébellion chez bon nombre de membres de Facebook. Même si elle semble tout à fait légitime, on peut lui trouver une petite touche de candeur collective.
Indépendamment de ce qui peut être officiellement dit, la plupart des informations contenues dans les profils facebook peuvent techniquement être utilisées. Les discussions juridiques sur ce que le site peut réutiliser, voire revendre, a évidemment son importance, étant donné qu’elles délimitent par la suite l’accès physique aux informations. Mais tout ce qui est mis en ligne par l’utilisateur, accessible à tous, pourra naturellement être réutilisé à des fins autres que celle de prendre connaissance des photos de la dernière soirée de son école. Pour cette partie, on en est sûr. La question subsiste pour les informations personnelles recueillies pour la création d’un compte et qui ne sont officiellement pas rediffusées.
Les sites tels que facebook sont mathématiquement le paradis des marketeurs : alors qu’une étude de marché et une description des cibles marketing est un travail long et fastidieux, le profil des utilisateurs apporte le résultat sur un plateau et surtout bien mieux fait que par n’importe quelle équipe marketing incisive et affûtée. Plus besoin de passer des milliers d’appels téléphoniques pour tenter de faire répondre les gens à des questionnaires généralement maladroits et indiscrets. Il suffit d’attendre que les énergumènes se lâchent d’eux même et en plus, qu’ils t’invitent à venir le lire le résultat. Dans la terminologie adéquate, qu’ils te "pokent".
Je vois au premier abord deux niveaux principaux d’utilisation pouvant être faits de l’information contenue dans un profil facebook.
Premièrement, une utilisation commerciale à grande échelle : les entreprises ciblent aisément, étant donné que les utilisateurs se sont eux même définis, les personnes présentant des profils similaires donc susceptibles d’être intéressés par la même offre. Imaginons un groupe facebook des amateurs de vin, de cigares ou de jeux vidéos, le choix de la publicité à leur afficher est relativement simple.
Ensuite, une utilisation plus ciblée, à savoir dans le cas de la recherche d’information sur une personne en particulier, par exemple par son employeur. J’imagine tout à fait que ce puisse être un réflexe courant pour certaine entreprises d’aller suivre les folles aventures d’un de ses employés, qui se sent régulièrement pousser des ailes littéraires sur facebook, notamment pendant ses heures de bureau.
On est évidemment bien loin du partage sympathiques de photos avec ses amis. Mais au vu des enjeux commerciaux et du potentiel d’information contenu dans ce type de profil, il serait doucement illusoire de croire que tous respecteront la vie privée des internautes ainsi livrée en pâture.
Là où le fondateur de Facebook, Marc Zuckerberg, au demeurant en pleine forme, a quelque part innové, c’est qu’il a annoncé à tout le monde, haut et fort : "vous aussi, prenez votre espace publicitaire ciblé sur plusieurs milliers de guignols aux goûts et aspirations similaires, racontant compulsivement leur vie quotidiennement chez moi. Promis, jusque là, ils n’ont encore rien vu !" (en légèrement mieux dit).
Ce n’est peut-être pas totalement étranger au fait que Microsoft ait décidé d’investir dans facebook et ce faisant, de valoriser indirectement le site à 15 milliards de dollars. Affaire à suivre …
Marc
http://marcrousset.over-blog.net
Edito : La volatilité de l’information
9 novembre, 2007 · Poster un commentaire
Il peut sembler intéressant de s’interroger sur la création des phénomènes médiatiques et leur disparition, sur les éléments subtils entraînant la surcouverture médiatique d’un sujet a priori d’égale importance avec quelques autres, et sur leur possible tarissement en quelques jours, sans raison apparente. Du moins intelligible. La presse laisse parfois observer des comportement grégaires et erratiques. D’où la question de savoir si ce phénomène est ainsi pour des raisons purement intrinsèques ou si des formes d’influence, dont je n’ai pour l’heure pas d’idée précise, arrivent parfois à finement détourner l’attention et par là même faire se recomposer les flux médiatiques.
Je ne prendrai que deux exemples m’ayant particulièrement marqué : la grippe avaire et l’ouragan Katrina ayant balayé la Nouvelle Orléans. J’évoque ces deux événements de mémoire et surtout l’impression qui m’en est restée, donc n’hésitez pas à corriger les imprécisions factuelles.
Quelques jours avant le début de nos grandes manifestations nationales contre le CPE, en février ou mars 2006, la grippe aviaire prenait l’Europe. Je me rappelle d’éditos catastrophe où l’on commentait la progression fulgurante de la future pandémie, d’un ton empli de sollennité et de gravité. Je me rappelle également de débats scientifiques des plus alarmistes et mystérieux sur la possibilité d’une propagation de la maladie à l’homme (point que je n’ai d’ailleurs toujours pas compris). A l’instar du nuage de Tchernobyl qui s’est fait reconduire à la frontière, cette couverture médiatique s’est arrêtée du jour au lendemain. Dois-je en déduire que la grippe ou les poulets se sont arrêtés ? Ont-ils eu peur de Dominique de Villepin qui se lançait,
chevaleresque, dans la bataille du CPE, ce qui permit à la France de s’illuster une fois de plus au sein de l’Europe et de remontrer, si besoin en était, que la grève était notre sport national ? Ce sujet a balayé l’autre, ce qui me laisse nécessairement dubitatif sur la menace réelle que présentait la grippe aviaire. Phénomène naturel de la presse, ou résultat d’une influence ? Dans ce cas précis, je pense difficile d’identifier une influence quelconque.
Passons à la Nouvelle Orléans. Sans goût particulier pour le voyeurisme ou les scénarios apocalyptiques, il ne me semble pas totalement illégitime de me demander pourquoi brusquement, les médias n’ont plus couvert l’événement, ce avant d’avoir tiré un bilan sérieux de la catastrophe : sait-on par exemple quel fut l’ordre de grandeur du nombre de décès ?
Toujours de mémoire, je revois ces images incroyables d’une ville avec 2 voire 3m d’eau dans les rues, pendant plusieurs semaines. Il est donc évident que quand l’eau se retire, le résultat n’est pas des plus joyeux et que l’on récupère nécessairement des cadavres, dernière manifestation visible de l’incurie des pouvoirs publics sur le sujet, au premier rang desquels l’administration américaine. Le sujet, me semble-t’il, a quitté la place médiatique, avant la fin du phénomène.
Dans ce cas, il est plus tentant d’imaginer des tentatives de recanalisation médiatique afin de faire en sorte que d’autres sujets reprennent illico presto les éditos des journaux du pays et d’ailleurs.

