Contradictions des services de renseignement américains : Focus sur la CIA

15 février, 2008

En tant que clé de voute du renseignement américain, la CIA a souvent dû faire face à nombre de contradictions depuis sa création en 1947. L’agence a souvent été au cœur des débats aux moments les plus délicats de gestion de guerres. Elle a été instrumentalisée dans la guerre contre le terrorisme engagée par l’administration Bush, celle-ci s’appuyant sur des rapports semble-t-il fournis par la Company pour justifier l’existence d’Armes de Destruction Massive (ADM) et s’engager en Iraq. L’ancien directeur de la CIA a été sommé de se placer derrière le Secrétaire à la Défense Rumsfeld lors de son discours à l’ONU précédant la 2ème Guerre du Golfe, implicitement confirmant ses assertions sur la dangerosité de Saddam Hussein. Le poste de directeur de la CIA est éminemment politique. Ce dernier est nommé par le Président, qui considère la CIA comme une « troisième voie, entre la diplomatie et l’utilisation de l’armée, une continuation de la guerre par d’autres moyens » (Franck Daninos, C.I.A. Une histoire politique 1947-2007, Tallandier, 2007). L’agence doit ainsi souvent « jongler » entre sa mission première qui est de protéger un Etat et un système, et des digressions, comme protéger le gouvernement en place contre ses adversaires politiques. La Centrale, placée au beau milieu du tourment souffre donc de skyzophrénie. En décembre 2005, des officiers de la CIA n’ont donc pas hésité à contredire les déclarations publiques de leur chef, lorsqu’ils furent amenés à s’expliquer devant la Cour sur les centres de détention et certaines techniques d’interrogatoires qualifiées de « musclées »
Ils ont donc confirmé l’existence d’un ordre présidentiel de pratiquer la torture et infirmé le fait de l’avoir effectivement pratiquée. Or, il s’avère qu’en 2008, la CIA reconnait avoir pratiqué le « waterboarding », qui consiste en la simulation de noyade afin de soutirer des affirmations depuis 3 ans, et avoir détruit des vidéos datant de 2002 montrant des officiers de la CIA pratiquant ce type d’interrogatoires (Le Monde 11.12.07 Un ancien agent de la CIA parle des techniques d’interrogatoires musclés). Cependant, le New York Times affirme que le Gal Hayden, directeur de la CIA, affirme que « la technique consistant en un simulacre de noyade n’a pas été utilisé depuis 2003 » (Annual Threat Assesment of the Director of National Intelligence, New York Times, 06.02.08). La machine est donc bien huilée. Phase 1 - Pratiquer ; Phase 2 – Détruire les preuves ; Phase 3 – Déni ; Phase 4 – Avouer quand il n’est plus possible de nier, afin, entre autres, d’induire le fait qu’on ne pratique plus.
A l’ère du « tout technologique », la CIA doit faire face à une autre contradiction, dont l’impact est encore difficilement visible et calculable. La mission première qui lui a été confié depuis 2001 est de détruire l’altérité au lieu d’essayer de la pacifier. A grands renforts d’augmentations de budget, d’investissement dans la technologie de pointe, elle s’appauvrie donc dans ce qui est le cœur du renseignement, le ROEM (ou Renseignement d’Origine Humaine). L’humain est en effet le système le plus faillible dans le renseignement, et donc potentiellement la source d’information le plus importante. En sacrifiant les investissements dans la formation au renseignement humain, échiquier le plus faible des services américains, la CIA doit donc s’approvisionner de renseignements de pays plus ou moins alliés, come ce fut le cas avec les services de sécurité saoudiens. James Risen du New York Times décrit donc dans son livre « Etat de Guerre » comment la CIA était dépendante des Saoudiens, en liaison avec la famille Ben Laden, pour obtenir des informations sur l’un des membres de cette large et influente famille, Oussama. Dans les opérations clandestines, la CIA se livre a un ballet inquiétant, qui consiste en une stratégie d’attaques indirectes : afin de déstabiliser l’adversaire commun. Lors de l’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques, la CIA a donc créé des camps, entraîné, et fourni en armement les dissidents talibans et islamistes régionaux afin d’embourber les soviétiques dans une guerre sans fin, à l’image du Vietnam pour les Etats-Unis. Quelques années plus tard, les mêmes islamistes radicaux, rompus aux techniques de guerillas de la CIA lancent deux avions de ligne contre le World Trade Center, et mènent un harcèlement incessant des troupes occidentales à Kaboul et dans tout le pays jusqu’au Moyen Orient. Quelles leçons ont été tirées de cette expérience ?
Fin des années 90, la CIA soutient financièrement et logistiquement les séparatistes albanais dans leur guerre d’insurrection contre la Serbie. Zoran Stijovic écrit récemment dans son livre que « quelques années avant le début des bombardements de l’OTAN au Kosovo, la CIA avait le contrôle du groupe terroriste KLA/UCK » - Kosovo Liberation Army. Un article de l’hebdomadaire moscovite Rosiyskaya Gazeta attise les braises et sous couvert d’investigations, dénonce le fait que le Camp Bondsteel, dans le sud de la province serbe de Metohija, semble produire de l’héroïne, comme le démontre Michel Chossudovsky, Professeur d’Economies à l’Université d’Ottawa et Directeur du Center for Research on Globalization (http://www.globalresearch.ca/index.php?conexte=va&aid=7996). « L’Albanie est la plaque tournante de l’entrée d’héroïne en Europe occidentale. Soixante quinze pour cent de l’héroïne entrant en Europe de l’Ouest vient de Turquie et transite par les Balkans. L’Agence Fédérale Allemande contre la Crime estime qu’en tant que groupe ethnique, les Albanais sont maintenant le group le plus important dans la distribution d’héroïne dans les pays occidentaux ». La vente de l’héroïne permet ainsi au KLA de se fournir en armes pour mener son combat. Les affaires les plus sombres de la CIA ces dernières décennies impliquaient aussi des drogues et le financement de groupes terroristes à travers le blanchiment d’argent de la drogue (ex. Haiti, Amérique du Sud, etc…); ainsi que l’importation d’héroïne et sa diffusion dans les communautés noires dans les années 60-70 ou la création et les tests du LSD sur des Américains à leur insu ou des prisonniers de guerre Coréens. La CIA apparait à chaque fois comme un acteur incontournable. En tentant de détruire indirectement l’altérité, instrumentalisant divers groupes dissidents, la CIA joue donc avec le feu, et prend le risque de se brûler. Les tentatives de destruction de l’altérité semblent donc donner lieu à la création de nouvelles menaces.

Alain Caussieu

Sources : http://www.stallman.org/archives/2005-nov-feb.html 

Commentaires

1 réponse to “Contradictions des services de renseignement américains : Focus sur la CIA”

  1. Anonyme on février 18th, 2008 13:50

    ROHUM pas ROEM …

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