Le 6 septembre 2007, l’aviation israélienne a mené un raid sur le sol syrien, au Nord du pays, près de la frontière turque. La cible visée est « de nature militaire » affirme Israël, sans fournir d’informations supplémentaires. L’État hébreu a employé des technologies de dernière génération face à la défense antiaérienne syrienne équipée avec du matériel russe. En démontrant sa capacité de frappe, Tsahal envoie indirectement un message à l’Iran, principale menace régionale pour Israël.
Le mutisme, du côté israélien comme du syrien, a laissé place à maintes spéculations à propos du dessein de Tsahal. Le Sunday Times affirme que les bâtiments bombardés abritaient des installations nucléaires construites sur le modèle de la centrale nord-coréenne de Yongbyon avec l’aide d’experts envoyés par Piong Yang. La Corée du Nord, officiellement entrée dans un processus de normalisation avec les États-Unis, avait menacé, en 2003, de diffuser sa technologie nucléaire à l’étranger. La collaboration militaire entre ce pays et la Syrie remonte aux années 1990 où Piong Yang a livré des missiles balistiques de type Scud-CS à Damas.
Avant l’attaque, le Mossad a saisi du matériel sur place et pris des photographies attestant qu’il s’agit d’installations nucléaires d’origine nord-coréenne. Les Syriens ont par ailleurs entièrement déblayé le site très rapidement après son bombardement. Disposant de preuves manifestes, Israël n’a pourtant pas averti la communauté internationale et encore moins l’Agence internationale de l’énergie atomique. Seul Washington savait, mais a préféré demeurer en retrait pour ne pas compromettre l’aboutissement des accords de Pékin signés en février dernier. Il apparaît ainsi que la volonté israélienne ne se résume pas uniquement à mettre un terme aux activités nucléaires syriennes, ce qui aurait pu se faire au moyen de pressions internationales, d’autant plus que Damas est signataire des accords de non prolifération du nucléaire.
Il s’agit bien d’une démonstration de force, visant à démontrer que les défenses antiaériennes syriennes, de fabrication russe et dont l’Iran est également pourvu, sont aisément neutralisables. De plus, les réservoirs de kérosène largués sur le territoire turc lors du raid attestent de la sophistication de la technologie utilisée par Tsahal. Cette dernière génération de bombardiers israéliens équipés de réservoirs largables est capable, grâce à une autonomie de combat prolongée, d’atteindre des cibles en Iran. Dès lors, l’opération Orchard (« verger ») du 6 septembre apparaît comme un avertissement adressé à Téhéran qui, à l’instar de la Syrie, se fournit en armement russe lequel a montré ses limites face au dispositif d’attaque israélien. Si les pressions internationales et les recours diplomatiques ne parviennent pas à contraindre l’Iran à abandonner son programme nucléaire, Israël a montré qu’il est en mesure d’y arriver militairement, le raid de septembre étant un entraînement. Israël pourra, comme ce fut le cas en Syrie, intervenir sans l’assentiment de la communauté internationale. En outre, les avions dont dispose l’Iran n’offrent qu’une autonomie limitée et ne peuvent rejoindre Israël sans être ravitaillés en vol, ce qui les rend vulnérables en cas de conflit.
En réalisant un exploit aérien, Israël prouve également que si son armée de terre a échoué au Liban en 2006, ses forces aériennes n’en demeurent pas moins d’une efficacité redoutable. Enfin, ces frappes, visent aussi à dissuader toute velléité syrienne de réagir militairement si son allié iranien venait à être attaqué.
Anouar ACHOUR

Commentaires
Ce raid n'est il pas aussi
Ce raid n'est il pas aussi un avertissement à l'égard de la Syrie et de son soutien au Hezbollah libanais dans un moment de chaos politique au Liban ?
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