Edito : La volatilité de l’information

9 novembre, 2007

Il peut sembler intéressant de s’interroger sur la création des phénomènes médiatiques et leur disparition, sur les éléments subtils entraînant la surcouverture médiatique d’un sujet a priori d’égale importance avec quelques autres, et sur leur possible tarissement en quelques jours, sans raison apparente. Du moins intelligible. La presse laisse parfois observer des comportement grégaires et erratiques. D’où la question de savoir si ce phénomène est ainsi pour des raisons purement intrinsèques ou si des formes d’influence, dont je n’ai pour l’heure pas d’idée précise, arrivent parfois à finement détourner l’attention et par là même faire se recomposer les flux médiatiques.

Je ne prendrai que deux exemples m’ayant particulièrement marqué : la grippe avaire et l’ouragan Katrina ayant balayé la Nouvelle Orléans. J’évoque ces deux événements de mémoire et surtout l’impression qui m’en est restée, donc n’hésitez pas à corriger les imprécisions factuelles.

Quelques jours avant le début de nos grandes manifestations nationales contre le CPE, en février ou mars 2006, la grippe aviaire prenait l’Europe. Je me rappelle d’éditos catastrophe où l’on commentait la progression fulgurante de la future pandémie, d’un ton empli de sollennité et de gravité. Je me rappelle également de débats scientifiques des plus alarmistes et mystérieux sur la possibilité d’une propagation de la maladie à l’homme (point que je n’ai d’ailleurs toujours pas compris). A l’instar du nuage de Tchernobyl qui s’est fait reconduire à la frontière, cette couverture médiatique s’est arrêtée du jour au lendemain. Dois-je en déduire que la grippe ou les poulets se sont arrêtés ? Ont-ils eu peur de Dominique de Villepin qui se lançait,
chevaleresque, dans la bataille du CPE, ce qui permit à la France de s’illuster une fois de plus au sein de l’Europe et de remontrer, si besoin en était, que la grève était notre sport national ? Ce sujet a balayé l’autre, ce qui me laisse nécessairement dubitatif sur la menace réelle que présentait la grippe aviaire. Phénomène naturel de la presse, ou résultat d’une influence ? Dans ce cas précis, je pense difficile d’identifier une influence quelconque.

Passons à la Nouvelle Orléans. Sans goût particulier pour le voyeurisme ou les scénarios apocalyptiques, il ne me semble pas totalement illégitime de me demander pourquoi brusquement, les médias n’ont plus couvert l’événement, ce avant d’avoir tiré un bilan sérieux de la catastrophe : sait-on par exemple quel fut l’ordre de grandeur du nombre de décès ?

Toujours de mémoire, je revois ces images incroyables d’une ville avec 2 voire 3m d’eau dans les rues, pendant plusieurs semaines. Il est donc évident que quand l’eau se retire, le résultat n’est pas des plus joyeux et que l’on récupère nécessairement des cadavres, dernière manifestation visible de l’incurie des pouvoirs publics sur le sujet, au premier rang desquels l’administration américaine. Le sujet, me semble-t’il, a quitté la place médiatique, avant la fin du phénomène.

Dans ce cas, il est plus tentant d’imaginer des tentatives de recanalisation médiatique afin de faire en sorte que d’autres sujets reprennent illico presto les éditos des journaux du pays et d’ailleurs.

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