Etat d’âme citoyen sur l’art de vivre

8 mars, 2017

Après le salon de l’agriculture, le rapport à la nourriture est un serpent de mer qui débouche rarement sur des débats qui valorisent la notion d’art de vivre. La dénonciation de la malbouffe, la mise en valeur du régime, les polémiques sur les modes de consommation dominent très largement les sujets traités dans les médias. Il n’en demeure pas moins vrai que les réflexes élémentaires de rapport naturel à la vie restent un élément essentiel du bon sens. Ci-dessous, un témoignage parmi d’autres d’un cadre en mal de pérennité des bonnes sensations.
“C’est une ennuyeuse maladie qu’une santé conservée par un trop grand Régime.” Montesquieu.
C’est en relisant les menus des repas servis à bord des paquebots transatlantiques que j’ai compris à quel point notre monde s’était déréglé. Ces mets incroyables nous sont désormais interdits sous peine d’être jetés dans la catégorie fort suspecte des bons-vivants.
En effet, nos journées sont désormais ponctuées de recommandations sur ce que nous devons non plus déguster mais ingurgiter. Des articles, des affiches, des publicités nous bondissent au visage pour nous rappeler que l’on veille sur notre santé et que tout écart sera sanctionné. J’ai même ma mutuelle qui me demande régulièrement de lui indiquer le nombre de calories que j’engrange au quotidien. Du coup, nos portions sont réduites à rien : nous sommes devenus de tristes consommateurs découvrant avec effarement que trois grammes de poisson servis dans une grande assiette avec deux graines de sésame et une fleur de paprika constituent un plat principal.
Il y a quelques jours, dans une boulangerie, j’ai entendu une jeune femme dire à son amie : « je prends un pain au chocolat car ce soir j’ai cours de stretching ». Pauvre condamnée aux travaux forcés payants pour quelques grammes de beurre et de farine. On en arrive l’été à des aberrations lorsqu’on peut observer des quinquas apoplectiques courir pendant leurs congés à 10:00 du matin sur les chemins ensoleillés de leurs vacances. Ils n’éliminent pas, ils s’éliminent tout simplement.
Au déjeuner, « ne dites plus le repas est servi mais le couvert est mis » : on ne prend qu’un plat et le moindre verre de vin est un sacrilège : on ne revit plus, on se régénère. Quant au soir, à moins de le confesser ultérieurement à son médecin ou à sa balance électronique connectée au monde de Google, impossible de prendre du plaisir en savourant quelques mets arrosés de bons vins… sans oublier une petite fine et un cigare pour clore honorablement ce moment convivial.
Et pour nous achever, on veut nous convaincre, y compris devant le salon de l’agriculture, qu’il est devenu ignoble de manger de la viande et qu’il faut laisser vivre vaches, poissons, poules et cochons pour ne nous régaler que de légumes et de fruits. Je suis inquiet car depuis peu, certaines voix s’élèvent pour parler de la douleur des plantes que l’on maltraite. Bientôt, on nous convaincra qu’une salade souffre sous nos molaires et que nous devrons nous contenter de liquides de synthèse aux goûts subliminaux, le tout emballé dans des tubes à dentifrice.
J’ai bien compris que l’on veut mon bonheur, qu’il me faut vivre longtemps en bonne santé car sinon je vais coûter cher à la société, donc à mes amis et voisins… Je vivrai vieux, mais triste et sans cesse coupable de transgression. Je suis un futur client des médecins, psychologues, salles de sport et centres d’amaigrissement. Le Régime a créé des emplois pour nous imposer une vie de privations.
Eh bien je vous propose de tenter de briser cette spirale infernale qui nous conduit tout droit vers un monde de mollusques névrosés apathiques. Revenons à une pratique saine qui consiste tout simplement à prendre du plaisir seul ou à plusieurs autour d’un bon repas. Redécouvrons les saveurs des produits de nos terroirs. Je vous propose la fin du Régime et le début d’un nouveau bonheur, celui de bien manger. Profitons de la vie, elle est unique !

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