Greenpeace franchit la ligne rouge

27 août, 2012

Dans la guerre de l’information, il existait deux catégories d’acteurs : les « bons et les méchants ». Les « bons » étaient les représentants de la société civile en lutte contre les injustices et les malversations du monde économique et politique. Les « méchants » étaient les puissants qui n’hésitaient pas à manipuler, tromper et désinformer pour défendre leurs intérêts. Ce qui différenciait les pratiques des bons des méchants était la manière de polémiquer. Les groupes représentant la société civile essayaient tant bien que mal de se limiter à des campagnes de protestation fondées sur l’art de la rhétorique. Autrement dit, ils défendaient des arguments qu’ils estimaient fondés et les opposaient aux discours de leurs adversaires. Cette manière de débattre est en train d’évoluer puisque Greenpeace n’hésite plus aujourd’hui à utiliser la rumeur et la fausse information pour déstabiliser les entreprises que l’ONG prend pour cible. C’est notamment le cas avec Shell comme le démontre cet extrait du blog du communicant :
«Ainsi, dès mai 2012, en réponse au site officiel de Shell sur ses opérations de forage en Arctique, Greenpeace a élaboré un site qui apparaît visuellement comme la quasi réplique du premier. Baptisé « Artic Ready », l’espace donne l’impression à l’internaute qui s’y aventure, d’être dans un site animé par la compagnie pétrolière. Il offre notamment aux visiteurs la possibilité de suggérer des visuels promotionnels via un concours pour « Artic Ready ». Le tout rehaussé par des messages ambivalents tels que « You can’t run your SUV on cute. Let’s Go » qu’on pourrait littéralement traduire par « vous ne pouvez pas faire marcher votre monospace avec des bons sentiments. Allons-y ». Bien que le site fût rapidement démasqué, il continua à rencontrer un vif succès sur le Web et à semer la confusion entre le discours corporate de Shell et celui travesti de Greenpeace, épaulé pour l’occasion par les activistes de The Yes Men. »
Cette pratique désormais assumée officiellement par l’ONG Greenpeace est la porte ouverte à tous les dérapages.  A partir du moment où les « bons » utilisent les armes du « méchant », il devient difficile de savoir où commence le débat et où s’arrête la manipulation de l’image et du texte. L’ONG qui dans le passé a déjà commis des erreurs dans ses jugements (errare humanum est) passe à un registre offensif qui risque de se retourner contre elle et qui aura aussi des effets collatéraux sur la nature des d »ébats sur Internet compte tenu de la réputation de l’ONG sur le plan mondial.

Commentaires

4 réponses to “Greenpeace franchit la ligne rouge”

  1. Phot's on août 27th, 2012 16:18

    D’accord avec cette analyse. En tant qu’ONG, Greenpeace se doit d’afficher des méthodes de « chevalier blanc ». Or, le format des opérations menées contre Shell en Arctique brouillent la lisibilité de la stratégie de Greenpeace ; Shell peut à juste titre se positionner en tant que victime.
    Bilan : match nul sur la scène médiatique, mais Greenpeace a moins de moyens financiers que Shell…

  2. Les dérapages de Greenpeace continuent : Knowckers on septembre 11th, 2012 10:28

    [...] des militants de Greenpeace en créant de faux sites ou en jouant sur la rumeur contre le groupe Shell, des militants espagnols de l’ONG ont manifesté de manière très agressive contre des [...]

  3. Les dérapages incontrôlés des ONG se poursuivent et se ressemblent : Knowckers on janvier 10th, 2013 19:16

    [...] Après Greenpeace, une association écologiste dénommée Frontline Action Group a franchi la ligne rouge en passant dans l’illégalité pour déstabiliser une firme multinationale. Le 7 janvier 2013, le quotidien Le Figaro rapportait la manière dont cette ONG a utilisé l’en-tête d’une grande banque (ANZ) afin de propager de fausses informations et faire plonger la valeur d’un groupe minier Whitehaven Coal, dont elle juge les activités trop polluantes. Cette action illégale a fait chuter le cours de l’action de près de 10 %. Il a fallu stopper la cotation et une enquête pour rétablir la vérité à savoir que le communiqué émis par la quatrième banque australienne était un faux. Les écologistes australiens n’avaient pas hésité à évoquer « les risques liés à la réputation et des analyses sur la rentabilité de cette mine, dans le climat actuel de haute volatilité sur le marché du charbon à l’exportation » pour expliquer le pseudo gel de facilités de financement s’élevant à un milliard d’euros pour la mine de Maules Creek. Cette mine est considérée comme un investissement stratégique pour le groupe Whitehaven Coal. Comme Greenpeace, les activistes de Frontline Action Group revendiquent la légitimité de leur action en prétextant qu’elle ne peut être que bénéfique dans la mesure où ils estiment que cette mine nuira à l’environnement. Ce type d’auto proclamation du droit de passer outre au respect de la loi ne peut que nuire à l’image des ONG en général qui plaident systématiquement pour le respect des droits de l’homme et de l’exercice de la démocratie. Il serait intéressant de connaître l’avis des États qui ont décidé de constituer un consortium international le 1er Juillet 2011 à Vilnius pour apporter un soutien financier aux défenseurs des droits humains menacés dans le monde entier. Treize gouvernements, dont l’Australie, le Bénin, le Canada, le Chili, la République tchèque, le Danemark, la Lituanie, les Pays-Bas, la Norvège, la Pologne, la Suède, le Royaume-Uni et les États-Unis, ont promis de soutenir ce Fonds d’aide aux ONG. Catégorie: ActualitéTags: Frontline Action Group, Greenpeace, Maules Creek, ONG, Whitehaven Coal [...]

  4. Gestion de la dissonance cognitive par les entreprises et les ONG. | reflexionstrat on février 14th, 2013 13:04

    [...] du côté obscur des manoeuvres stratégiques.  Ainsi, Greenpeace a attaqué récemment Shell, en utilisant des méthodes qui dégradent son image.  L’ONG Greenpeace prend-elle le risque calculé de dégrader sa notoriété, en estimant [...]

Commenter cet article...
Pour afficher un avatar avec votre commentaire, inscrivez vous sur gravatar!