Les Talibans intensifient leurs attaques par Explosive Formed Projectile en Afghanistan

29 avril, 2008 · 2 commentaires 

Jeudi, l’explosion d’une bombe en bordure de route qui a coûté la vie au lieutenant Dennis van Uhm, fils du commandant des forces armées néerlandaises hier en Afghanistan, souligne de manière symbolique l’impact des attentats terroristes commis par les talibans en Afghanistan.. Les talibans ont revendiqué la responsabilité de la déflagration. L’attentat a eu lieu à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Camp Holland, la base militaire des Pays-Bas dans la province d’Uruzgan. Lire la suite

La Chine contre la pollution

23 avril, 2008 · 2 commentaires 

Contrairement à beaucoup d’idées reçues, la Chine est très active en matière de lutte contre la pollution. Il n’existe pas de différence entre la volonté des pouvoirs publics chinois et les faits observables. Néanmoins, si les pouvoirs publics ont pris conscience de ce problème, ils ne l’ont fait que très tardivement, et les politiques mises en place pour lutter contre la pollution, sont d’un point de vue occidental, très contestables tant du point de vue des raisons, que de la manière de lutte contre ce fléau. Lire la suite

La Bulgarie dans la lutte anti-corruption

21 avril, 2008 · Poster un commentaire 

Le Ministre de l’Intérieur bulgare, Roumen Petkov, a donné sa démission dimanche 13 avril, deux jours après le rejet d’une motion de censure contre le gouvernement Stanichev pour "collusion entre le crime organisé et le ministère de l’intérieur".
Cette motion de censure était l’aboutissement d’une enquête réclamée par l’opposition de droite suite à l’assassinat de deux figures de la société bulgare et aux soupçons de collusion entre des organisations criminelles et le ministère de l’Intérieur.
La première victime, Boris Georgiev était directeur général de la compagnie énergétique Atomenergoremont. La deuxième, Georgi Stoev était un chroniqueur de renom, spécialisé dans l’étude des mafias bulgares. Or, Georgi Stoev avait annoncé être prêt à témoigner des liens unissant la mafia bulgare au ministère de l’Intérieur quelques jours avant son assassinat. A la suite de ces meurtres, l’opposition avait réclamé la démission du gouvernement de coalition de centre gauche du premier ministre socialiste, Sergueï Stanichev, et soumis au Parlement la motion de censure. Elle n’obtint « que » la démission du ministre de l’Intérieur.
Mais cette démission est surtout le résultat des pressions exercées par l’Union Européenne et plus spécifiquement par la Commission européenne sur la Bulgarie pour lutter contre la corruption et le crime organisé qui gangrènent les plus hautes sphères de l’Etat bulgare. En effet, selon la Commission, le niveau de corruption dans la sphère politico-administrative est beaucoup trop élevé et Sofia doit «agir d’urgence» pour l’assainir.
Ce départ forcé aurait pu constituer une avancée dans cette lutte et un gage de bonne volonté à l’égard de la Commission. Mais le Premier ministre socialiste, Sergueï Stanichev, s’empressa de reclasser M. Petkov dans le groupe informel chargé de discuter de la nouvelle composition du gouvernement.
Preuve que les décisions du Premier ministre bulgare, Sergueï Stanichev, sont en totale contradiction avec les déclarations et les promesses du gouvernement bulgare à l’égard des institutions européennes. C’est d’ailleurs la seconde fois que le PSB (parti socialiste bulgare) est éclaboussé par un scandale de cette ampleur. En juin 2007, l’ancien ministre de l’énergie, Roumen Ovtcharov, avait du démissionner car il était soupçonné d’avoir tenté d’influer sur le cours de la justice. Depuis leur adhésion le 1er janvier 2007, la Bulgarie et la Roumanie sont sous surveillance étroite de la Commission européenne. Il leur est reproché de ne pas réaliser suffisamment de progrès dans la lutte contre la corruption et le crime organisé. Deux rapports d’étape sur la Roumanie et la Bulgarie ont été rendus public en février 2008 dénonçant des résultats insuffisants voire même inquiétants. Le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a d’ailleurs tenu a rappelé que "la corruption et le crime organisé, surtout à des niveaux élevés de l’administration, n’ont pas leur place dans l’Union européenne et ne peuvent y être tolérés".
Or, malgré quelques réformes, comme l’amendement à la Constitution pour assurer l’indépendance de la justice et le nouveau code de procédure civil, le système judiciaire bulgare est toujours le terrain de jeux préféré des organisations criminelles qui y opèrent en toute impunité. Du fait de ce verrouillage, et malgré le ras le bol général des bulgares, le crime organisé a toujours réussi à échapper aux condamnations grâce à ses appuis dans la sphère politico-administrative. Le chemin vers l’éradication de la corruption et du crime organisé risque d’être long et semé d’embûches…. D’autant plus que la Commission doit publier en juillet 2008 deux nouveaux rapports sur les progrès de la Bulgarie et de la Roumanie.
Or, Si à cette date, les résultats sont toujours jugés insuffisants, Bruxelles pourra prendre des sanctions à leur encontre en gelant certaines aides comme celles versées dans le cadre de la politique agricole commune.

Audrey de la Tribouille

Sources :
http://www.lefigaro.fr/international/2008/04/09/01003-20080409ARTFIG00012-le-crime-organise-ronge-le-gouvernement-bulgare.php
Article du Monde du 18 avril 2008, « La lutte contre le crime organisé et la corruption piétine en Bulgarie » de Anne Rodier.

Les limites de la communication d’Yves Rocher

16 avril, 2008 · Poster un commentaire 

Cette industrie de cosmétiques bretonne au rayonnement international communique sur le naturel des femmes tout en agissant en tant qu’entreprise éthique et responsable. Son site Internet accroche les consommatrices en leur laissant penser qu’elles adhèrent à une vision engagée avec des slogans tels que : « 1ère marque mondiale de cosmétique végétale », « les-vegetaliseurs.com », « bilan éco-citoyen 2006», « belle avec ma planète », « le livre vert en braille »… Ce n’est pas la première enseigne à adopter ce genre de discours dans un secteur où les comportements responsables sont plébiscités par les clients. Il convient de signaler sa dernière campagne publicitaire à caractère militant en faveur des droits des animaux.  Face à ce comportement proactif en matière de défense des droits des animaux, les fidèles consommatrices de la marque devraient s’interroger sur la légitimité de la campagne. En effet cette marque n’est pas présente dans les listes de certaines ONG reconnues pour leurs agissements en faveur des droits des animaux, (tel que la PETA aux Etats-Unis et One Voice en France) qui publient le listing officiel des laboratoires et entreprises qui ne testent par leurs produits finis ou intermédiaires sur des animaux. Ces documents constituent des références pour les consommateurs militants soucieux de ne pas consommer des produits manufacturés par des entreprises « meurtrières ».  Le fait qu’Yves Rocher n’apparaisse pas sur les listes des entreprises « vertueuses » alimente les débats sur l’intégrité et la transparence dont la marque fait preuve. Des consommateurs dénoncent une publicité mensongère sur des forums et des blogs ayant pour objet la santé et les droits des animaux. Ils affirment que l’entreprise réalise des vivisections de manière indirecte en faisant appel les fournisseurs qu’elle ne prend pas me soin de sélectionner. One Voice publie des commentaires sur le forum « Doctissimo » (un des plus populaires en matière de santé) et précise qu’Yves Rocher, contacté lors de la réalisation de la liste, a admis ne pas respecter l’ensemble des critères nécessaires.

Anne Mirin Isimat

Bilan des attaques informationnelles contre The Body Shop

14 avril, 2008 · 1 commentaire 

Fondée en 1976, cette entreprise britannique est devenue une marque pionnière en matière de développement durable. Ce positionnement marginal axé sur un comportement éthique et citoyen est naît d’une part grâce Anita Roddick, Présidente militante qui s’est officiellement opposée au système capitaliste de nos sociétés, et d’autre part grâce aux engagements humanistes et environnementaux que l’entreprise à pris concernant des sujets controverses dans l’industrie cosmétiques (tests sur les animaux, commerce équitable…). La marque prétend commercialiser à travers les produits qu’elle diffuse non seulement une manière de vivre, mais également une possibilité pour le consommateur de s’impliquer dans un combat éthique et citoyen. Depuis quelques années, The Body Shop (TBS) a fait face à quelques scandales, qui l’on amené à perdre une certaine crédibilité auprès de ses consommateurs et du grand public.  
Deux thématiques permettent de synthétiser ces attaques :
TBS s’est affilié au groupe L’Oréal, en mars 2006, pour répondre à un choix stratégique du leader mondial qui utilise le britannique comme vitrine éthique. Cette affiliation a toutefois porté atteinte à l’image de TBS.  Malgré les déclarations optimistes et rassurantes d’Anita Roddick suite à l’annonce de l’acquisition : «L’Oréal a très bien compris l’originalité dont The Body Shop a fait preuve dans le monde des affaires et à quel point The Body Shop a contribué à en modifier les règles, notamment dans les domaines des droits de l’homme, de la protection des animaux, de l’environnement et du commerce équitable », les clients militants et les communautés investies dans le développement durable se sont éloignées de la marque en dénonçant un manque d’indépendance remettant en cause les valeurs fondatrices qui avaient fait la renommée de la marque. Des actions concrètes accompagnent ce discours et sont relayées par des blogs,  des forums généralistes et militants ainsi que par la presse. Première illustration, les sites anglais de consommation éthique tels que « The Ethical Consumer » (guide de l’achat éthique) diminuent la note de TBS (de 11 elle passe à 2,5 sur 20). Ces sites rappellent à leurs lecteurs que d’autres marques de cosmétiques éthiques et indépendantes existent.       
Deuxième exemple, le boycott par les consommateurs militants des produits TBS déterminés à ne plus acheter les produits d’un groupe considéré irresponsable. Enfin, l’altération de l’image se retrouve également sur l’encyclopédie numérique Wikipédia,  qui est un outil de référence pour beaucoup d’internautes. L’article concernant TBS s’achève par « (…) réputée pour vendre ses produits sans les avoir testés sur des animaux, et en respectant l’environnement. Néanmoins Body Shop fut racheté en mars 2006 par la multinationale L’Oréal qui, quant à elle, effectue ses tests sur animaux de laboratoire. ».  
De nombreux scandales ont éclaté depuis quelques années au sujet de la présence d’ingrédients toxiques dans la composition des cosmétiques manufacturés par TBS. Diverses campagnes ont été lancées dénonçant quelques centaines de produits considérés comme dangereux pour notre santé. Leur niveau de toxicité étant quantifié par une note allant de 0 à 10 en fonction de la menace qu’ils représentent pour notre santé. Les études les plus significatives sont Vigitox (et son volet Cosmétox) réalisée par Greenpeace et « The Campaign for safe cosmetics » mise en oeuvre par un collectif américain de défense des consommateurs.  Bien que leurs systèmes respectifs de notations soient différents et que les produits testés ne soient pas commercialisés dans les mêmes zones (les uns en Europe et les autres aux Etats-Unis), leur impact sur le consommateur reste le même.
Les actions sociétales et environnementales menées et les efforts marketing réalisés pour acquérir une image éthique forte (agencement des magasins, présentation des produits) n’ont pas mis TBS à l’abri d’attaques sur la toxicité de ses produits. En 2005, le guide Cosmétox dévoile la présence de musc artificiel et de phtalates dans l’un des produits par l’enseigne : il s’agit de la lotion pour le corps « Body Butter Corporel ». Selon Greenpeace, la mise en cause de certains des composants de ses produits a conduit l’entreprise à prendre l’engagement de modifier ses chaînes de production afin de les supprimer définitivement. Toutefois, les attaques ne s’arrêtent pas là, « The Campaign for safe cosmetics », qui apparaît comme étant plus transparente que celle initiée par Greenpeace, analyse 247 produits de la marque et met en avant l’existence de substances cancérigènes et pouvant nuire à la fertilité, de neurotoxiques, de composants allergènes et interdits par les autorités de régulations américaines, européennes, japonaises et canadiennes. Cette attaque a conduit TBS à signer, en 2005, la charte de Skin Deep et à communiquer sur ce sujet à l’aide de son site Internet. Il convient toutefois de constater que malgré les efforts et les engagements consentis, les effets des campagnes menées contre TBS n’auront pas pu être totalement éliminés car les conclusions de l’étude restent inscrites dans la base de données du collectif militant américain mise à jour deux ans après les attaques ci-dessus mentionnées.

Anne Isimat Mirin

L’Union pour la Méditerranée

11 avril, 2008 · Poster un commentaire 

Le projet de l’Union pour la Méditerranée, évoqué pour la première fois en mai 2007 par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale, a enfin pris forme : il sera officiellement lancé à l’occasion d’un  sommet réunissant l’ensemble des pays riverains de la Méditerranée qui tiendra à Paris le 13 juillet 2008. La vocation de cette Union est évidente : elle a pour objectif de réunir les pays méditerranéens, européens et nord-africains afin de permettre une coopération principalement sur les domaines de l’approvisionnement énergétique, de la dépollution de la mer méditerranée, de la surveillance du trafic maritime, des échanges académiques, et d’une coopération scientifique. A l’origine l’idée était de créer une union réservée exclusivement aux pays participants sous le leadership du Président de la République Nicolas Sarkozy  complétant et dépassant le processus de Barcelone.
Or, ce concept proposé par Nicolas Sarkozy a subi des oppositions acharnées de plusieurs pays européens, notamment de l’Allemagne. La Chancelière Angela Merkel n’a pas hésité d’exprimer son aversion contre une telle union qui, selon elle, privilégierait les pays méditerranés et  pourrait créer des dissonances diplomatiques entre les pays de l’Europe du Sud et ceux de l’Europe du Nord.  Dans son discours du 5 décembre 2007 lors du Konvent für Deutschland, la Chancelière allemande exprime sa méfiance à l’égard de l’Union pour la Méditerranée : « Nous n’avons pas de côte sur la Méditerranée mais cela ne signifie pas que nous ne nous y intéressons pas. (…) La Méditerranée, c’est une préoccupation pour tous les Européens. Si, à côté de l’Union européenne, les Etats riverains de la Méditerranée devaient constituer une deuxième union totalement différente, j’ai dit que cela risquait de constituer une épreuve difficile pour l’Europe. » Elle est soutenue par le Premier ministre slovène Janez Jansa qui, en janvier 2008 met en cause l’Union pour la Méditerranée devant le parlement européen : « Nous ne pouvons pas nous permettre de créer des doublons ou d’institutions rivales. »
Néanmoins, en mars 2008, malgré ces divergences de vues, Nicolas Sarkozy se félicite d’un compromis avec l’Allemagne à l’égard de son projet, les raisons pour (ou derrière ?) ce compromis soudain étant cependant loin d’être évidentes. Qui a donc gagné cet affrontement diplomatique ? Aujourd’hui, il manque toujours un discours officiel et transparent de la part des deux parties évoquant les détails de ce compromis, laissant toute spéculation possible.
Selon les sources françaises le gouvernement allemand aurait cédé après le rappel de François Fillon du statut de l’Allemagne au sein du Conseil des Etats de la Mer Baltique (CEMB), une structure intergouvernementale fondé en 1992 par les ministres des affaires étrangères d’Allemagne et du Danemark, dans laquelle la France ne joue que le rôle d’observateur. « Nous avons dit aux Allemands : il y a l’Union de la Baltique dans laquelle la France n’est qu’observateur, nous allons faire l’Union de la Méditerranée. Vous serez associés à tout ce qui sera organisé dans ce cadre-là, mais reconnaissez que la France et les pays riverains de la Méditerranée ont un rôle particulier à jouer.» Si l’on peut faire confiance aux médias français, on aura plutôt l’impression que le compromis final entre Merkel et Sarkozy était un succès pour la France et une défaite pour l’Allemagne. En revanche la presse allemande, quant à elle, ne semble pas partager cette interprétation, donnant ainsi une image différente des événements. Selon les médias allemands, y compris plusieurs journaux renommés, ce compromis démontrerait la capacité d’Angela Merkel de s’imposer face à son collègue français ainsi que d’imposer sa volonté d’impliquer les 27 pays membres de l’UE dans le projet de l’Union pour la Méditerranée. Le commentaire de François Fillon concernant le rôle de la France dans l’Union de la Baltique serait, selon plusieurs journaux, dû à une faille de communication : il n’aurait pas été informé sur le compromis entre M. Sarkozy et Mme Merkel. La couverture contradictoire de ces évènements récents par les médias français et allemands devrait faire réfléchir – tout comme les vraies raisons et détails de ce compromis qui restent  secrets.
Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidentielle en 2007, les relations avec l’Allemagne sont tendues, comme le prouvent déjà deux rencontres de haut niveau importantes récemment annulées (officiellement pour des raisons de calendrier). L’éclat entre les deux pays et les divergences de vues autour de l’Union pour la Méditerranée ont fait de nouveau émerger les dissonances politiques, que l’on a, cette fois-ci, réussi à résoudre.

Claudia Steines

Le débat sur les intérêts stratégiques de l’Espagne

11 avril, 2008 · Poster un commentaire 

“Vous n’avez aucune vision de ce qu’est l’Espagne” lançait le candidat du PP, la veille des élections espagnoles, à Zapatero, finalement vainqueur du choix démocratique. Le premier ministre socialiste ne s’est pas privé de lui répondre que l’“on peut défendre l’Espagne sans attaquer la Catalogne”. Malgré la défaite des élections, le PP continue de de se présenter comme le seul défenseur de l’intérêt général espagnol et de la grande Espagne.  Un tel discours est en contradiction avec les longues années de pouvoir d’Aznar. En effet, les politiques fortement centralisatrices qui ont été alors menées ont eu pour corollaire logique une forte hostilité aux régions, en particulier à la Catalogne. Ainsi, pour le PP, l’intérêt n’est général que lorsqu’il est à Madrid. Le parti de droite n’a pas oublié de profiter de ces années dorées pour placer ses amis à la tête des entreprises et banques : BBVA, Endesa, Repsol, Telefonica… l’intérêt général a trouvé ainsi une étrange traduction: la centralisation de l’économie autour de Madrid. Jusqu’alors cette ville avait monopolisé le pouvoir administratif mais elle a su utiliser les instrument politiques pour dévier les circuits économiques de Barcelone .
Le déclin économique de la capitale catalane suscite aujourd’hui un malaise dans cette région. L’étrange politique “d’intérêt général” a stimulé les mouvements régionalistes, autonomistes, nationalistes, en Catalogne. Economie, politique et sentiments nationaux sont intimement liés. Les relations économiques avec Madrid sont donc devenues antagoniques sur plusieurs points qui constituent autant de terrains de batailles.

Impôts: la fatigue catalane ou le manque de solidarité nationale.
Depuis l’avènement de la démocratie, la Catalogne a payé, pendant des dizaines d’années, les plus lourds tribus à l’Etat espagnol. Ce poids fiscal était justifié en fonction de la richesse de la région. Toutefois, aprés les prélèvements et les redistributions entre régions, le revenu catalan par tête se retrouvait au dessous de la moyenne nationale. Cependant, au delà de cette absurdité mathématique, un problème plus pesant se fait , encore aujourd’hui, sentir. Madrid réinjecte une grande partie de ces recettes dans l’amélioration de l’ensemble des infrastrutures mais Barcelone se trouve en marge de cette poliitque. Ainsi, le centre catalan se caractérise par l’asphixie de son réseau routier, la saturation de son aéroport et le symbolique retard de sa liaison à Madrid par TGV. Par conséquent, la region perd en termes d’attractivité pour les investissements étrangers. La spirale de la décapitalisation publique et du déclin de la Catalogne en tant que marché attrayant a amené Barcelone à privilégier la question fiscale lors du nouveau statut qu’elle a négocié en 2006. Le Parlement Catalan n’a cependant pas réussi à obtenir de Madrid les réformes structurelles qu’il voulait faire passer: le modèle instauré en 1979 a été maintenu.Toutefois, les ressources de la Generalitat (gouvernement de Catalogne) ont été accrues et l’Etat s’est engagé à mettre en place de nouveaux mécanismes de contrôle de solidarité entre les différentes régions.

La Caixa : symbole du modèle économique catalan.
La Catalogne constitue un marché caractérisé par des traits spécifiques. En effet, l’entreprise familiale est un acteur économique typique dans la region; celle ci est devenue un territoire oú les familles et les entreprises se respectent entre elles. A un niveau macro, cela se traduit par un modèle qui favorise le statu quo: le changement (fusions, acquisitions…) n’est accepté qu’en dernière solution. Et lorsque l’entreprise catalane est confrontée à cette nécessité, elle s’y soumet sans grandes effusions; elle finit docilement par se laisser dévorer par un autre acteur. Cette faille a permis à Madrid d’absorber une grande partie du secteur catalan de la construction.  Comme la plupart de ses “compatriotes”, La Caixa, société financière catalane, se caractérise par la culture de la discrétion; cependant, elle est redoutablement efficace. Les succès silencieux de La Caixa font d’elle à la fois un tabou et un symbole de la région. En effet, elle constitue le plus gros potentiel des sociétés financières espagnoles; elle possède une capacité d’innovation reconnue, une extraordinaire mainmise du marché du détail (1/3 des clients de banque en Catalogne et 1/5 dans toute l’Espagne)… mais surtout elle est caractérisée par une identité juridique ambigue: ce n’est pas une banque, elle n’a pas de propriétaires, elle ne peut pas efectuer des OPA, elle ne peut pas être l’objet d’une OPA… ce caractère fuyant est une arme redoutable face à la concurrence et irrite sérieusement les autres acteurs espagnols qui doivent lui faire face.

La Caixa contre Endesa: le choc des titans.
En 2005, La Caixa lance, à travers Gas Natural, une OPA de 100% sur Endesa, grand opérateur énergéticien espagnol qui était à l’époque dirigé par Manuel Pizarro, nouvelle étoile montante du PP. Pour la vision nationaliste catalane, il était nécessaire, d’un point de vue stratégique, de construire un pôle financier et industriel “d’ici”. La réactivité violente d’un certain establishment político-financier de Madrid et des media qui lui sont liés a contré l’opération qui s’est soldée par un échec. Aujourd’hui, Gas Natural se maintient éloigné  des mouvements de concentration en cours sur le territoire espagnol. Depuis l’échec Endesa, le groupe gazier joue la carte solitaire mais il possède une solide position financière qui l’autorise à avoir de grandes ambitions en matière d’investissements. Comme Madrid lui bloque le chemin des acquisitions, le groupe se redéploie sur une logique de croissance organique. Ainsi, la Catalogne entend non seulement préserver sa forcé énergétique mais elle ne renonce pas à conquérir le marché énergétique espagnol.

Une guerre économique entre régions.
Sentiments nationalistes, économie, politique et doutes identitaires se mélangent en Espagne. Le boycott constitue le symbole de cette dynamique: à chaque grande action  catalane qui menace “de briser l’unité espagnole”, des mouvements de boycott se mettent en marche, menés par le politique, les media et par des acteurs au sein même de la société civile (chaînes de magasins…) contre les entreprises installées en Catalogne (SEAT, Gerblé, Sony, Danone, Nestlé…).  Le discours du PP sur l’intérêt général n’efface donc pas la réalité: capitale politique contre capitale culturelle, qui rafflera les circuits economico-financiers? La guerre économique fait rage en Espagne: oú est passée la “grande Espagne unie” de Madrid?

Alice Lacoye Mateus

Le Japon, où comment devenir une puissance militaire sans en avoir le droit ?

10 avril, 2008 · Poster un commentaire 

Depuis le 03 mai 1947, l’article 9 de la Constitution japonaise maintient l’Archipel dans l’impossibilité de faire la guerre et de disposer d’une armée.
Chapitre II. Renonciation à la guerre
Article 9. Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l’ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux.
Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l’État ne sera pas reconnu.
Pendant de nombreuses années, les dirigeants politiques se sont réfugiés dernière cet article pour maintenir une situation de statu quo et de dépendance aux Etats-Unis afin de pouvoir privilégier l’essor économique et ne pas avoir à affronter le sentiment pacifiste de la population, marquée par les explosions nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki.
Les années 1990 ont vu le Japon marquer une inflexion dans sa politique de défense. Totalement dépendant pour la sécurité de ses approvisionnements en énergie, menacé par l’instabilité de la Corée du Nord et la montée en puissance régionale et mondiale de la Chine, le Japon a cherché le moyen de s’affranchir progressivement du carcan de l’article 9 de sa Constitution afin d’affirmer sa volonté de dépasser son statut de grande puissance économique et acquérir une vraie dimension politique, en revendiquant notamment un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Progressivement, les FAD, Forces d’Autodéfense, ont pu participer à des opérations de maintien de la Paix sous mandat ONU, puis sans mandat ONU mais pour une durée limitée (Iraq 26 juillet 2003). Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ont été providentiels pour les partisans d’une évolution militaire du Japon. La mise en place de dispositions antiterroristes a ainsi permis aux forces d’autodéfense maritimes de coopérer dans l’océan Indien, loin du Japon, avec d’autres forces militaires.
Depuis la fin des années 1990, le débat sur la révision constitutionnelle a été relancé afin de permettre au Japon de disposer officiellement de forces armées. 4ème budget militaire mondial en 2003 avec 39 milliards d’euros, le pays n’arrive pas à franchir le pas. Une partie de la population fait en effet toujours front contre une révision constitutionnelle et la mentalité des politiques japonais, souvent de peu d’envergure, ne favorise pas l’affrontement direct avec le peuple. Les évolutions sont donc feutrées. Pas à pas, le Japon contourne sa Constitution pour se donner les moyens de son ambition sur la scène régionale et mondiale et se départir de la tutelle américaine qui dispose encore aujourd’hui de très nombreuses bases sur le sol japonais avec près de 50 000 soldats.

Matthieu Depoire

Du coût des ONG pour les populations locales

8 avril, 2008 · Poster un commentaire 

La présence des ONG dans les territoires « dans le besoin » renchérit la vie pour les locaux. Le « civilisation business », cette économie très spéciale qui regroupe les différents acteurs de l’aide humanitaire ou économique, n’a pas que de bons côtés pour des populations locales déjà éprouvées. Ou supposées comme telles. Ainsi au Pakistan, après le tremblement de terre de 2005, les ONG sont venus en masse sur une portion très réduite du Cashmire pour aider les populations déplacées ou qui n’avaient plus accès au réseau d’eau. A Muzaffarabad, le prix des lentilles, qui constituent la base de l’alimentation locale, a augmenté de 9,6% depuis le tremblement de terre, les prix du sucre de 13% et ceux du lait de 20%. Plus important, les prix des transports et des logements ont augmenté respectivement de 100% et 167%. Si les prix des transports s’expliquent par la perte d’axes routiers, il faut aussi prendre en compte que les propriétaires de camions se sont vendus à l’acteur le plus offrant, en l’occurrence les ONG qui avaient besoin de ces camions pour faire accéder leurs biens sur les lieux de la catastrophe. A tout prix, littéralement, pour pouvoir donner le change médiatique aux donneurs, nombreux, qui ont besoin de voir rapidement des résultats concrets pour continuer leurs dons.
La question du logement rentre dans le même ordre d’idée. Les ONG se sont battues entre elles pour obtenir des logements pour leurs consultants afin qu’ils soient au plus près des lieux du sinistres… et des caméras. L’économie locale est alors perturbée durablement puisque les prix ont tendance à rester haut, même après le départ des organisations humanitaires. Les acteurs locaux, surpayés, se désintéressent alors de leurs activités d’origine, laissant les gouvernements locaux dans une situation de prix tendue. Il est donc légitime de s’interroger sur le coût de l’aide humanitaire supporté par les populations auxquelles elle est censée apporter son expertise. Les consultant des ONG, payés à prix d’or, se déchargent ainsi de leur responsabilité sur les distorsions de prix qu’ils créent par leur seule présence. Tant que les donneurs continuent à donner…

Martin Pasquier

Source : http://thenews.com.pk/daily_detail.asp?id=3442

La biodiversité, un fonds de commerce rentable

7 avril, 2008 · Poster un commentaire 

La biodiversité, défendue à corps et à cris par des ONG très en vues, peut également faire l’objet d’un commerce fructueux pour lesdites gardiennes de la nature.
L’association WWF dispose ainsi d’une puissance de feu redoutable. L’ONG au panda, présente dans 96 pays, avec presque 5 millions d’adhérents, dispose d’un budget conséquent de 320 millions de dollars. Les donneurs les plus importants sont issus du monde des affaires et de la haute société aristocratique britannique. L’association, fondée en 1961 par Sir Julian Huxley, un scientifique « humaniste », a été soutenu à sa création par le Foreign Office britannique. L’organisation se serait alors servie de la nature comme outil ségrégatif, les réserves animalières ayant joué un rôle stratégique dans des conflits opposant la Couronne aux groupes nationalistes. En 1989, des dirigeants du WWF ont pu ainsi être mis en cause directement dans des opérations de mercenaires en Afrique Australe.
D’autre part, la journaliste Sylvie Lasserre a mis en cause  « certaines ONG [dont WWF] qui permettraient à des géants industriels de pratiquer la bio prospection dans les zones qu’elles sont censées protéger ». Les réserves de biodiversité dont WWF est propriétaire recèle en effet des richesses très convoitées par les grands laboratoires, et lorsque l’on sait que l’un des cofondateurs de WWF a été vice-président le groupe pharmaceutique Hoffmann-Laroche, on est en droit de se poser certaines questions.
Dans la même veine, l’ONG Conservation International a elle aussi fait l’objet de polémiques quant à son but affiché (to protect the Earth’s biodiversity), et ses activités réelles ou supposées de bio prospection. On trouve ainsi parmi ses fidèles donateurs des acteurs à la recherche de nouvelles molécules (et donc des plantes qui peuvent les fabriquer) comme Bristol-Myers, Texaco, et l’inévitable Monsanto. Au comité de direction, Starbucks Coffee ou BP donnent une fois de plus l’impression dérangeante qu’ils n’y sont pas de manière totalement désintéressée.
L’observatoire de la génétique québécois reprend ainsi une citation du livre « Tarzan, Indiana Jones and Conservation International’s Global Greenwash Machine »d’Aziz Choudry : « «[a]u Panama, Conservation International (CI) a collaboré avec les compagnies Novartis et Monsanto, notamment, pour effectuer une bio prospection ‘écologiquement inspirée’. Il s’agissait de rechercher des produits pharmaceutiques et agricoles dérivant de plantes, de champignons et d’insectes. Au Surinam, CI a travaillé à la collecte d’échantillons végétaux avec Bristol Myers Squibb et ses ethnobotanistes. CI s’est efforcé de gagner la confiance des communautés indigènes et de leurs guérisseurs, mais a négocié une entente douteuse sur le partage des bénéfices».
De quoi avoir de sérieux doutes sur la crédibilité des ONG protégeant la biodiversité.

Martin Pasquier

Sources :
http://www.politique-africaine.com/numeros/pdf/048007.pdf
http://generationgrenelle.blogspot.com/2008/01/world-wide-fund-for-nature-un-hedge.html
http://paysan-bio.blogspot.com/2007/07/pourquoi-je-me-mfie-des-ong-cologistes.html
http://www.ircm.qc.ca/bioethique/obsgenetique/cadrages/cadr2007/c_no33_07/ci_no33_07_01.html

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