Peut-on chiffrer le risque informationnel (exemple de l’industrie automobile) ?

29 septembre, 2006 · Poster un commentaire 

Les techniques de communications utilisées par les entreprises pour promouvoir leur objet commercial qu’il soit un produit ou un service atteint aujourd’hui des degrés de sophistications extrêmes. L’image de l’entreprise, les valeurs véhiculées par l’entreprise et celles qui sont portées par les campagnes de communications autour de son activité dépassent généralement la simple destination du produit.

La publicité par exemple incite l’individu à s’identifier à un concept souvent beaucoup plus large que le produit lui-même. Il suffit pour s’en convaincre d’observer une publicité pour une voiture : Les caractéristiques du véhicule, si elles sont mentionnées, le sont uniquement pour montrer à quel point il correspond au concept. Dans une société où les besoins primaires sont généralement satisfaits, il est souvent nécessaire d’orienter le message vers des besoins psychologiques plus élevés et déconnectés de la nature produit. Cette approche qui consiste amener l’individu, le client à associer son identité aux valeurs portées par un produit, est réellement efficace. Elle permet d’obtenir une fidélisation d’autant plus forte quelle relève de l’identification. Cependant la puissance de cet outil à une contrepartie, si l’on échoue à maintenir ces valeurs ou même simplement leurs apparences car souvent cela est suffisant : l’individu ne ressent pas de la déception mais une trahison, il s’agit d’une différence dramatique. Les spécialistes du marketing estiment qu’il est six fois moins chère de fidéliser des clients que d’en conquérir des nouveaux, personne n’a estimé combien il en coûterait de les reconquérir après une « trahison ».

Citons un exemple basique de « trahison » dans le secteur de l’industrie automobile. C’est d’actualité avec l’ouverture du salon de l’auto à Paris. Si un constructeur livre des véhicules sans que l’acheteur ne sache quelle marque de pneu équipera sa voiture (cf les politiques achats des coast killer), le client peut s’estimer lésé et trahi par la marque. En effet, si le constructeur a décidé d’acheter un stock de pneumatiques de marque américaine en gomme molle très vulnérable aux crevaisons, le futur propriétaire du véhicule équipé de tels pneus découvre à ses dépens qu’il aura à faire face à des crevaisons répétées. La « trahison » s’appuie sur plusieurs ressentiments :

 - Le risque d’accident,

 - La contrainte et le coût de la réparation,

 - Le rachat éventuel de deux pneumatiques d’une autre marque si le pneu n’est pas réparable (crevaison latérale) et que le concessionnaire ne dispose pas de pneus de la marque américaine concernée.

Il faut savoir que ce type de pratique est courante sur le marché de l’automobile et commence à exaspérer sérieusement un certain nombre de clients qui peuvent un jour s’exprimer sur le net avec une argumentation beaucoup plus efficace que lors de l’affaire du réducteur de vitesse. Le porte monnaie du consommateur peut avoir un effet boule de neige non mesurable mais très dévastateur, surtout si un autre constructeur décide d’équiper ses véhicules avec des pneumatiques fiables et d’en faire la publicité (confiance, sécurité, commodité, économie réalisée par le consommateur).

C’est à ce point de la réflexion, qu’il convient d’introduire la problématique du risque informationnel. Il y a risque informationnel dès lors qu’il y contradiction entre l’image au sens large d’une entreprise et sa réalité. Ce qu’il faut bien considérer c’est que plus l’image d’une entreprise est forte et positive, plus elle est vulnérable. En effet, les exigences de cohérences croissent géométriquement avec la qualité et la force des valeurs qui lui sont associées.

S’il y a des avantages évident à investir dans une bonne image, il ne faut pas perdre de vue les devoirs et les charges associés à ces avantages. Si la définition de l’image relève du niveau stratégique, comme toutes les décisions stratégiques, elles ne doivent pas être contredites aux niveaux opérationnels. Ainsi si chaque initiative prise au sein de l’entreprise doit être analysé au travers des grilles d’analyses classiques : financières, marketing…. Une grille supplémentaire doit être ajoutée, qui intègre ce risque informationnel.

Le risque informationnel est complexe à appréhender, parce que s’il est réel, ses conséquences sont difficiles à évaluer. Il est possible de savoir où se situe ce risque mais il est très délicat de faire des prévisions chiffrées. Cependant notre incapacité à prédire un coût précis ne doit pas nous conduire à ignorer un danger réel.

Stéphane Ledoux

Faut-il regarder la Chine autrement ?

27 septembre, 2006 · Poster un commentaire 

Faut-il regarder la Chine autrement ?

 « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera », cette phrase prophétique est attribuée à Napoléon premier, elle fait partie des lieux communs à propos de la Chine, l’un des plus employés. La Chine s’est éveillée, doit-on trembler pour autant ?

Le pays sous le ciel, source possible d’une arrogance future.

La Chine est pour les Chinois : le pays sous le ciel, le monde tel qu’il doit exister, le centre. L’extérieur, ce sont les étrangers, les barbares, ceux qui apportent les perturbations, le chaos. Il important de comprendre que l’identité culturelle et sociale de la Chine s’est forgé de manière autarcique, ses éléments de culture sont indigènes, les empreints extérieurs sont quasi-inexistants. L’exception que constitue le bouddhisme peut même être rejetée car le bouddhisme chinois est tellement dénaturé de sa forme originale, qu’il est souvent perçu en Chine comme une évolution du taoïsme. La Chine est donc le centre, et le centre rayonne. D’ailleurs la totalité des pays de la zone ont de fortes influences chinoises dans leurs cultures et la réciproque est loin d’être vrai. La Chine n’est donc pas fermée puisqu’elle influence l’extérieur mais n’incorpore que très peu d’éléments extérieurs.
La Chine est également l’empire du milieu, le rôle de l’empire est de protéger le centre des incursions des barbares et d’assurer son unité. A cette fin l’empire a construit la grande muraille et tenté de contrôler les incursions venues du nord et de l’est. Le centre de la Chine est historiquement situé au nord, mais son expansion se fait vers le sud, vers la Chine du riz. La bascule se produit au XIème siècle. La population chinoise se retrouve alors très majoritairement au sud de l’espace chinois, cependant le centre antique est préservé dans son rôle de centre du pouvoir, Pékin (la petite ville du nord) conserve son rôle de capitale.
La dynastie Ming est d’ailleurs dans l’histoire de la Chine très caractéristique de ces tendances. Après avoir chassé une dynastie étrangère, les souverains mongols et réussi une phase initiale d’expansion destinée à restaurer et sécuriser l’espace chinois, la Chine se referme sur elle-même. La dynastie Ming règne sur la Chine pendant près de 300 ans (1368-1644). Elle réussit la performance de parvenir à la grandeur dans l’isolement. La Chine n’est pas fermée, on peut y venir, mais les Chinois ne sortent pas ou presque (on notera par exemple l’expérience incroyable des expéditions de Zhang He jusqu’à l’Afrique orientale qui n’auront aucune suite). La volonté de se concentrer sur le monde chinois est prépondérante. Au point par exemple de limiter, par la loi impériale, la navigation côtière et de développer le grand canal parallèle à la cote pour éviter la voie maritime. D’un point de vue managérial, la Chine privilégie la croissance interne à la croissance externe dans sa recherche de puissance. Les Mings tomberont, victimes une fois de plus, de barbares venus du nord, les Mandchous, qui une fois sinisés formeront la dernière dynastie impériale : les Quings. Le cycle chinois des successions dynastiques aurait dû logiquement généré une nouvelle dynastie de Hans assurant un renouveau national comme celui des Mings. Mais au lieu d’un renouveau, la Chine subit une nouvelle occupation de la part de nouveaux barbares, les occidentaux.
La présence des occidentaux date de 1557 quand les Portugais débarquèrent à Macao. Cependant l’affaiblissement des Quings et l’appétit des puissances occidentales conduirent à l’anéantissement progressif du pouvoir impérial et à un démantèlement de l’espace chinois. Cette situation est caractérisée par la période 1840-1949, dite période coloniale ou des traités inégaux. L’empire du milieu n’est plus, et le centre divisé entre les occidentaux auxquels s’ajoutent les Russes et les Japonais. Cette période est vécue par les Chinois comme une humiliation, une succession de défaites et d’échecs. La frustration de la nation est telle qu’elle tentera à de nombreuses reprises de se libérer par des révoltes populaires plus ou moins organisée comme celles des boxers, ou des tentatives de renouveau politique comme la reforme dite « des cent jours » en 1898 ou la révolution nationale de 1911 sous l’influence de Sun Yan Tsen. Aucun de ces mouvements ne réussira à restaurer durablement l’intégrité et l’autonomie de la Chine, la plupart ne feront qu’aggraver la situation et le sentiment d’humiliation des Chinois. Un homme portera le renouveau de la Chine : Mao Tse Toung.

La dénonciation de Mao et la cohésion de l’empire du milieu

La place de Mao, dans l’histoire de la Chine, est celle d’un restaurateur, après un siècle de souffrance et d’humiliation, il a rendu la Chine à elle-même en réoccupant le centre et en reconstituant l’empire du milieu. L’idéologie marxiste est presque secondaire dans ses accomplissements, et est responsable de la part considérée négative de son héritage. Avec Mao, les Hans sont de nouveau maîtres de leurs territoires. La poussé vers le Tibet et l’Asie centrale est aussi typique d’un mouvement de la Chine impériale. Il s’agit de reconstituer les marches de l’empire pour protéger le centre. Mao n’est pas perçu en Chine comme un héros du marxisme, mais un héros de la nation chinoise à qui il a redonné son honneur et son intégrité. Il est honoré comme l’un des maîtres bienveillants réel ou légendaires qui ont fait la Chine quelque part entre Huangdi l’Empereur Jaune et Confucius. D’ailleurs les lieux importants de sa vie font l’objet de pèlerinage et de rite de vénération qui rappelle plus les rites taoïstes que le culte de la personnalité soviétique.
Considérer Mao comme un leader communiste est au mieux réducteur, il est avant tout un leader chinois. Toutes ses actions peuvent être justifiées par deux moteurs, son appétit de pouvoir et sa vision d’une Chine puissante. Pour Mao et les Chinois de manière générale, la Chine n’a pas de volonté de puissance, elle est une puissance. Cela diffère fondamentalement de la notion comme la destinée manifeste des Américains ou l’expansionnisme soviétique. Dans la perception des Chinois, la Chine n’a pas justifié son statut de puissance, c’est la nature des choses qu’elle le soit. Après le siècle d’humiliation de l’ère des traités inégaux, les Chinois ont pris conscience du retard que leur pays avait accumulé par rapport au monde extérieur. Aussi choquant que cela puisse paraître en Occident, la période maoïste et ses expériences chaotiques souvent cruelles constituent une étape intermédiaire-clé dans la résurrection de la Chine sur la scène internationale. Questionner Mao, c’est remettre en cause l’amorce et l’ancrage du processus de recherche d’un statut de puissance ainsi que l’aspiration de la Chine à reprendre la place qui est la sienne dans l’esprit des Chinois.
Cette volonté de la Chine s’est manifestée très tôt dans la politique étrangère de Mao. La rupture très rapide avec l’Union soviétique démontre l’incapacité de la Chine à se contenter du statut d’Etat satellite. Même dans sa recherche d’alliés, la Chine trace sa propre voie. Après la rupture sino-soviétique, elle ne se tourne pas vers le Tiers Monde. Elle y cherche surtout des points d’appui diplomatiques car le Tiers Monde n’est pas une puissance. Sa tentative de créer une dissidence au sein des partis communistes orthodoxes prosoviétiques échouera globalement sur tous les continents européen et américains. C’est ce qui explique en partie son renversement d’alliance et l’approche réaliste des relations internationales qu’elle entame en se rapprochant des Etats-Unis de Nixon, le plus anticommuniste des présidents américains. De 1949 à nos jours, la Chine a changé les règles du jeu géopolitique et l’équilibre du monde parce que c’était son intérêt.
Cette Real Politk de la Chine populaire a eu des conséquences externes évidentes durant la guerre froide, en fractionnant le front communiste mais aussi des conséquences internes notamment après la mort de Mao sur la manière dont la Chine s’est reconstruite. A l’approche idéologique du grand timonier succède l’approche pragmatique de Deng Xiao Ping, pragmatique au point de changer encore une fois les règles. Sous sa direction, le parti communiste chinois ordonne aux citoyens de s’enrichir. Pour une organisation marxiste-léniniste, cela frise l’hérésie. Plus étonnant d’un point de vue chinois, ce développement économique est tourné vers l’extérieur. Pour se reconstruire, l’empire s’est tourné vers l’extérieur. Il ne compte plus uniquement sur ses énergies internes. Cette innovation a des conséquences sur la manière dont l’espace chinois se structure. Le sud côtier prend une importance beaucoup plus grande, et modifie l’équilibre du pouvoir en créant un autre centre de pouvoir plus économique que politique. Ce changement est d’autant plus déstabilisant que dans un pays toujours officiellement communiste, ces forces ne devraient pas exister. La Chine redécouvre sa zone d’influence culturelle, qu’elle avait un peu délaissée depuis l’époque des traités inégaux. La Corée, le Vietnam, l’Asie du sud-est, d’une manière générale tout ce qui est inclus dans les mers de Chine est une cible régionale majeure. Dans cet espace qu’elle redécouvre, la Chine tente de constituer une zone d’influence pour protéger son nouveau centre. Dans la logique de l’empire du milieu, maintenir l’unité et protéger le centre sont deux préceptes fondamentaux, ce qui explique la symbolique autour de Taiwan.
Dans ces conditions, il sera intéressant d’observer comment l’alliance entre la Chine et les Etats-Unis vont évoluer dans les prochaines années, puisque désormais ce qui les oppose dépasse ce qui les unit. La souveraineté de Taiwan n’est qu’un indicateur de domination sur la zone. Tant que Taiwan conserve sa souveraineté, les Etats-Unis domineront cette zone qui est convoitée par la Chine dans le cadre de sa stratégie de puissance. Les deux partenaires Chine/Etats-Unis qui dominent l’économie mondialisée s’affronteront inévitablement car leurs stratégies évoluent de la complémentarité vers une opposition frontale.

Le vrai faux rapprochement entre les Etats-Unis et la Chine

Les deux puissances ont des modes d’expansion totalement différents, ce qui leur a permis pour un temps d’éviter l’affrontement direct. Mais la croissance et l’ambition de la Chine rendent désormais ce jeu d’évitement impossible. La compétition pour les matières premières est le premier et le plus visible des champs de batailles. D’autres modes d’affrontements vont apparaître, par exemple le mode de développement car la Chine est en train de devenir un modèle de réussite pour les pays du Tiers Monde, un modèle d’autant plus populaire qu’il place l’absence de reforme démocratique comme un gage d’efficacité dans une économie libérale. Ce paradoxe est soigneusement ignoré par les apôtres de l’ultralibéralisme qui oublient souvent de mentionner qu’un des moteurs de la mondialisation est un régime se revendiquant encore du marxisme. Le dit régime marxiste ignore superbement cette contradiction, tant qu’on ne lui oppose pas sa propre incohérence. En effet il surprenant de constater que les dirigeants chinois utilisent encore la rhétorique communiste pour justifier leur réussite économique, alors que la Chine est devenue le paradis du capitalisme financier. Et ce ne sont pas les récentes mesures répressives, prises à l’encontre de certains dirigeants de la direction « corrompue » du PC de Shanghai qui remettent en cause cet état de fait.
La Chine a besoin vital de se développer rapidement, la prospérité ou l’espoir d’une certaine prospérité pour le peuple chinois étant garant de la stabilité intérieure, les Etats-Unis sont piégés dans une logique financière qui impose une vue à court terme. Et d’un besoin vital de maintenir les non-dits, en effet comme à l’époque de la guerre froide et de l’équilibre de la terreur, l’exposition des contradictions de l’autre expose mécaniquement ses propres incohérences. Les deux protagonistes sont donc réduits dans leurs quêtes de la suprématie à rechercher d’autres formes d’affrontement pour éviter l’annihilation totale. Cette situation perdurera tant que les autres joueurs se laisseront imposer par les Etats-Unis les règles du jeu et par le Chine son droit à ne pas respecter les règles.

Stéphane Ledoux

L’Inde ne tourne pas le dos à une dynamique de puissance

27 septembre, 2006 · Poster un commentaire 

« Je suis en train de préparer une armée qui permettra à l’Inde de devenir une superpuissance » a déclaré M. Chauhan, fondateur indien de l’université privée d’Amity, à Laura-Julie Perreault, jeune journaliste canadienne du journal La Presse. En 2002, elle a remporté le prix Amnistie internationale pour une série de reportages sur la guerre en Tchétchénie.

Elle a sillonné l’Inde en septembre 2006 d’où elle a ramené le reportage sur ce département universitaire un peu spécial qui démontre une fois de plus que les problématiques de corporate intelligence et de corporate warfare sont aussi prises en compte par les nouveaux entrants.
Source : http://www.cyberpresse.ca/article/20060921/CPMONDE/609210697/5160/CPMONDE

Extrait de l’article

Une armée de cerveaux pour une Inde superpuissante
Laura-Julie Perreault [La Presse/ Noida, Inde]

L’Inde sera un pays aussi développé que le Canada en 2020. Dix ans plus tard, elle fera partie du club sélect des superpuissances et tiendra tête aux États-Unis. Du moins, c’est le plan d’Ashok K. Chauhan, fondateur de l’université privée Amity qui compte à ce jour 40 000 étudiants. Mais M. Chauhan voit beaucoup plus grand. Avec des inscriptions en hausse de 70% par année, il veut que son université, spécialisée dans l’enseignement de la gestion et des domaines de pointe, puisse accueillir 500 000 étudiants sur une multitude de campus éparpillés dans tout le pays, mais aussi en Occident, d’ici 10 ans.

Burlesque tentative de déstabilisation de CMA CGM

26 septembre, 2006 · Poster un commentaire 

Depuis le 15 septembre apparaissent de bien curieux messages sur les groupes de discussion ; ils tentent de relancer le feuilleton politico-judiciaire CMA CGM à travers la promotion du site web http://www.mistralholding.com. Ce dernier est détenu par une société fictive sans existence légale qui n’a rien à voir avec la véritable entreprise Mistral Holding.

Les commanditaires de cette opération, tout à leur enthousiasme, ont sans doute oublié que l’utilisation d’Internet laisse des traces : cette ribambelle de messages a en effet été rédigée par un même individu, depuis une adresse IP appartenant à un fournisseur d’accès libanais. Ces messages n’ont à ce jour reçu aucun écho et n’ont pas créé la polémique attendue. Comble de malchance, le site web www.mistralholding.com a été piraté par un hacker brésilien le 8 septembre dernier (voir zone-h.org). Occasion que les administrateurs du site ont saisie afin de basculer le site sur un nouvel hébergeur et masquer la gênante identité du véritable détenteur du nom de domaine, qui était jusqu’ici restée publique : la base de données DomainTools.com nous apprend en effet que jusqu’au 8 septembre dernier, le domaine  mistralholding.com était administré par une société bien réelle, GL Network, filiale de Global Logistic Management, un concurrent de CMA CGM domicilié à Beyrouth. Un constat qui fait planer de sérieux doutes quant aux ambitions de justice et de transparence revendiquées par les agitateurs.

Un exemple authentique qui montre la nécessité de traiter ce type d’opérations avec le plus grand sérieux.

Voir aussi : http://groups.google.fr/groups/search?q=mistralholding&start=0&hl=fr&filter=0

PC

Le syndrome « Gamelin » dans l’administration française

25 septembre, 2006 · Poster un commentaire 

Le syndrome « Gamelin » dans l’administration française
La circulation de l’information au sein des hiérarchies dans les organisations de taille critique - Ministère, Etat-Major, conseil d’administration - conditionne la prise d’une décision stratégique pour le groupe. En théorie, on imagine l’information circuler librement en interne. En réalité, elle traverse les filtres établis aux échelons de la chaîne de commandement qui sont autant de firewall idéologique, émotionnel, politique, personnel etc.

Au centre, se trouve le décideur : Ministre, Capitaine d’industrie… Il donne le cap à l’ensemble de la structure à partir des informations qui lui parviennent. Le premier cercle des conseillers est le rempart ultime à l’information, il matérialise le tableau de bord à partir duquel le décideur pilote. Les conseillers sous-traitent les problèmes mineurs afin de lui laisser le champ libre pour décider. Généralement recrutés parmi les proches du décideur, ils ont nécessairement un lien d’appartenance - familial, idéologique ou professionnel. Sur les bases de cette connivence s’établissent des rapports de confiance mutuelle qui permettent aux uns et aux autres de se porter caution dans le jugement d’une affaire. Véritables pare-chocs idéologiques, « le mur des conseillers » est l’obstacle le plus dur à franchir. Ces conseiller lissent les difficultés pour le décideur : ils organisent, synthétisent, classent les données par ordre de priorités. La difficulté de leur métier est de rester objectif tout en agissant en barrage filtrant. N’ayant pas toujours le temps ou la volonté de remplacer chaque information dans un contexte plus large, ni la volonté d’être le messager d’une mauvaise nouvelle en engageant leur responsabilité auprès de leur chef, certaines vérités ne sont pas toujours dîtes.

Mais la difficulté majeure, c’est que le groupe de commandement gravitant autour du décideur est généralement étranger à la structure administrée. Autrement dit, le haut de la pyramide hiérarchique est itinérant : il va et vient avec le décideur. Entre les conseillers et les premiers relais de la structure - Directeur de département, de succursale, de zone … - existe un gap professionnel énorme : les premiers sont des théoriciens qui pensent selon une grille de lecture politique et se positionnent en permanence par rapport à la situation dans laquelle se trouve leur chef, les autres sont des techniciens et des praticiens de très haut niveau représentant la mémoire de la structure, qui contrairement aux premiers, ont une longue carrière derrière eux et en sont  « récompensés » par une nomination à la tête d’une grande direction de l’organisation.

Entre ceux qui parviennent et ceux qui arrivent, les intérêts divergent. Les conseillers défendent les opérations rapportant un certain crédit politique au chef alors que les soucis des seconds seront d’ordre pratique et pétris du pragmatisme tiré de l’expérience et de la connaissance de l’environnement de chaque dossier. La connaissance, le temps, la mémoire et la réalité contre la rapidité, l’opportunité et les représentations.

Si l’information parvient néanmoins à passer de ceux qui savent à ceux qui administrent, il n’existe aucune garantie que celle-ci ne parvienne à celui qui décide. Souvent l’information est ralentie voire neutralisée. Les solutions restantes ne sont pas nombreuses : soit il faut caricaturer l’information c’est à dire la grossir démesurément afin d’être sûr qu’à la sortie de tous les filtres, il en reste quelque chose, soit plus efficacement, il faut lui faire endosser le masque de l’opportunité politique ou l’adapter à la stratégie personnelle du décideur.

En clair, ce qu’il faut se demander, c’est combien d’avions Airbus industrie vendrait si les capteurs reliés aux tableaux de bords filtraient les informations en fonction de leurs aspects « politiquement correct » ou « tendance pour le pilote » et quelles seraient les conséquences pour les passagers ?

L’armée française en pointe dans l’entrainement de terrain

18 septembre, 2006 · Poster un commentaire 

Proposée en 2003, par le général, Bernard Thorette, alors chef d’état-major de l’armée de terre, le projet Cenzub est maintenant opérationnel. La reconstitution détaillée d’une ville de 4000 habitants (y compris d’un bidonville) est une première mondiale qui intéresse au plus haut point les armées alliées occidentales.

Comme l’écrivait à l’époque le journaliste Jacques Isnard, «Toutes les caractéristiques des villes d’aujourd’hui seront reproduites. Avec leurs centres historiques généralement denses, leurs zones industrielles et périphériques, leurs réseaux d’égouts et leurs parkings souterrains ou aériens et avec leurs immeubles, de grande et moyenne hauteur, y compris leurs réseaux de caves». Cette réalisation est particulièrement appropriée à l’envoi de casques bleus au Liban. En effet, le caractère très particulier de leur mission implique une préparation adaptée aux risques d’affrontement en zone urbaine ou périurbaine. De nombreux éléments d’unités françaises vont être formés dans ce centre. Une équipe permanente jouera le rôle de l’ennemi et se spécialisera dans les –techniques de guérilla et les attaques terroristes.

Le thème du maoïsme et la manipulation de l’information

14 septembre, 2006 · Poster un commentaire 

L’anniversaire de la mort de Mao Tsé Toung est à l’origine de nombreux commentaires et publications de livres. Dans ce flot d’informations, il est nécessaire de faire le tri. Première grille de lecture : les rapports Chine/Etats-Unis. La superpuissance américaine ne souhaite pas voir la Chine devenir une puissance susceptible de contester la suprématie géostratégique des Etats-Unis. Les jeux d’influence sont au cœur de cet affrontement indirect.

Côté américain, l’objectif est d’affaiblir les mythes fondateurs du régime communiste. Mao Tsé Toung est donc une cible de choix. Malgré ses erreurs et les nombreuses victimes provoquées par les campagnes de rectification qu’il a initiées de 1949 à la révolution culturelle, Mao Tsé Toung reste une figure emblématique dans une fraction importante de la population chinoise car il a fait passer la Chine d’une situation de famine à un statut de puissance. Cette dénonciation des crimes de Mao amène des commentateurs du type Alexandre Adler (série d’émissions récemment diffusée sur une chaîne du câble) à pousser l’analyse jusqu’à l’absurde. Selon cet ancien spécialiste des questions soviétiques, Mao n’a rien inventé sur le rôle de la paysannerie car Boukharine l’avait fait avant lui dans ses écrits. Alexandre Adler qui n’est pas à une approximation près, confond sur ce point la plaidoirie de Boukharine en faveur des paysans dans le développement économique de la jeune république socialiste russe et la stratégie d’encerclement des villes par les campagnes dans la phase de prise du pouvoir en Chine. Il est regrettable que l’historien Stéphane Courtois, qui a joué un rôle fondamental dans la rédaction de l’ouvrage de référence Le livre noir du communisme se fourvoie dans le dernier numéro de la revue Histoire en commentant ainsi le récit de Jung Chang et Jon Halliday sur Mao: l’histoire inconnue (paru chez Gallimard en 2006) : « Trente ans après sa mort, il ne reste plus rien des mythes entretenus autour du leader chinois. Ce que confirme la remarquable biographie de Jung Chang et Jon Halliday ».
Les «révélations » orchestrées sur le personnage Mao Tsé Toung sont donc des actions logiques dans ce contexte où tous les coups indirects sont permis. L’ouvrage de Jung Chang et de Jon Halliday est à ce titre un véritable cas d’école. Le Président Bush en aurait d’ailleurs fait son livre de chevet selon les dires du New York Times (numéro du 23 janvier dernier).
Ces différentes formes de manipulation de l’information aboutiront-elles au résultat recherché, c’est-à-dire, saper les bases de la dictature communiste qui dirige la Chine ? Rien n’est moins sûr. Les spécialistes américains omettent un élément fondamental, l’esprit de revanche de la Chine sur l’Occident. Un niveau aussi médiocre dans les opérations d’influence et d’information nous fait penser à ce qui se passe actuellement en Irak et en Afghanistan. La propagande américaine n’éradique pas les fondements politico-culturels de ces deux conflits. Elle a plutôt tendance à les alimenter.

Extraits de l’article publié par La République des Lettres
Jung Chang et Jon Halliday Mao: l’histoire inconnue (Biographie Nrf Gallimard) 2006

Mao Zedong — dit aussi Mao Tsé-toung — a tué pendant ses 27 ans de pouvoir quelque 70 millions de personnes, soit plus de monde que Hitler et Staline réunis et ce en temps de paix, selon la romancière d’origine chinoise Jung Chang et l’historien anglais Jon Halliday, auteurs de la dernière biographie consacrée au Grand Timonier chinois. Mao: l’histoire inconnue, volumineux bilan des années Mao et fruit de plus de dix années d’enquête et de recherches approfondies, accumule les témoignages et les chiffres tous plus accablants et effrayants les uns que les autres. Par exemple que pendant la seule campagne du "Grand bond en avant" (1959-1961), pas moins de 35 millions de Chinois moururent de faim, que trente mille procès de masse eurent lieu qui firent des millions de victimes fusillés en place publique à Pékin ou encore que l’auteur du célèbre Petit Livre rouge était prêt à sacrifier 300 millions de personnes (soit la moitié du peuple qu’il dirigeait) s’il le fallait pour mener la Chine au terme de sa grande marche vers le communisme. (…) La biographie de Jung Chang et Jon Halliday, publié en 2005 en Angleterre et aux États-Unis, est devenu un best-seller dans sa version originale. Très controversée, elle a lancé une polémique sur le rôle et la personnalité exacts de Mao Zedong. Si la plupart des historiens s’accordent pour reconnaître — notamment depuis la publication d’ouvrages récents comme les Mémoires de Li Zhisui, La grande famine de Mao de Jasper Becker, Le livre noir du communisme d’un collectif d’historiens sous la direction de Stéphane Courtois ou encore le Mao Tsé-toung de Philip Short — que l’ancien employé de bibliothèque amateur de poésie devenu en 1949 Grand Timonier de la République populaire de Chine n’est ni le héros révolutionnaire ni l’humaniste visionnaire de la radieuse imagerie romantique colportée par la propagande, plusieurs rappellent toutefois l’indéniable évolution de la Chine passée en quelques décennies d’un Moyen Âge féodal à l’ère moderne post-industrielle. On reproche aux auteurs de ne présenter, par ailleurs sur un ton de procureur par trop vindicatif et caricatural, que les côtés les plus sombres de la personnalité et de la politique menée par Mao, en évacuant tout ce qui pourrait présenter un aspect positif. Surtout on leur demande de fournir plus de précisions sur la documentation en partie anonyme et circonstancielle à la base de ce livre. En apparence puisée dans des fonds d’archives sérieux accessibles depuis peu à Moscou et à Pékin, et recoupée par des entretiens auprès des meilleures sources (fille de Mao, proches employés, dirigeants politiques de l’époque, etc), les références citées semblent pour certains spécialistes nécessiter quelques vérifications avant d’être entérinées comme des documents fiables sur Mao et l’histoire de la Chine.
Copyright © La République des Lettres (samedi 10 juin 2006)

Tout ce que vous avez voulu savoir sur l’intelligence économique

8 septembre, 2006 · Poster un commentaire 

Tout ce que vous avez voulu savoir sur l’intelligence économique sans jamais rien y comprendre.

Sortie d’un ouvrage sur l’intelligence économique pour toutes celles et tous ceux qui n’en ont jamais entendu parler. Sophie Her et Jean Luc Traineau viennent de publier un excellent petit ouvrage d’approche de l’intelligence économique. Son titre résume la démarche.

S’inspirant des techniques d’agit prop, les auteurs ont su rédiger très simplement les aspects pratiques de l’usage opérationnel de l’information. Un élève de troisième peut comprendre une grande partie du texte. C’est la première fois qu’un document de propagande (au sens noble du terme) sort sur le sujet. C’est un outil plus qu’utile pour faire sortir l’intelligence économique du ghetto dans lequel on a parfois tendance à l’enfermer.

Les auteurs expliquent ainsi leur passage à l’acte d’écriture : «Constatant que de nombreux acteurs du monde de l’entreprise ne connaissaient pas l’intelligence économique ou mal, nous avons souhaité réaliser un livre au format original, au contenu clair, agrémenté d’une dose d’humour et d’une touche esthétique. Un livre différent de ceux qui existent déjà et qui s’adresse à celles et ceux qui veulent faire de l’information une source de richesse pour leurs projets : étudiants, dirigeants, collaborateurs. Il ouvrage peut être utilisé comme support de communication pour faciliter la sensibilisation en appui de vos démarches, au sein de vos entreprises ou simplement pour faire découvrir l’IE. »

Pour se le procurer, consultez le site : www.tout-savoir-sur.com

La Chine surveille la diffusion des dessins animés vers sa jeunesse

8 septembre, 2006 · Poster un commentaire 

Les dirigeants du parti communiste chinois ne sont pas dupes, loin s’en faut. Les dessins animés occidentaux sont interdits de diffusion en « prime time » et certains ne peuvent tout simplement ne pas être diffusés pour différentes raisons.

Raisons qui restent à la discrétion du parti. Ainsi, seuls des dessins animés « made in China » ont droit de diffusion aux heures de grandes écoutes avec à la clef un financement élargi pour les bons élèves (comprendre les sociétés créatrices et réalisatrices chinoises de ces dessins animés). Le parti communiste chinois aurait-il pris conscience du problème suite à la lecture entre autre de « Tintin au Congo » de Hergé ou en regardant « The story of one of Hitler’s children » de Walt Disney ?

Focus de Knowckers.org: Les contradictions de la diplomatie transformationnelle des Etats-Unis

8 septembre, 2006 · Poster un commentaire 

Les contradictions de la diplomatie transformationnelle des Etats-Unis

Lors d’un discours prononcé devant les étudiants de l’université de Georgetown le 18 janvier 2006, la secrétaire d’état américaine Condoleeza Rice, a annoncé un changement majeur dans la doctrine diplomatique des Etats-Unis. Désignée sous le terme de diplomatie transformationnelle, cette innovation a pour objectif de reformer les pratiques de la politique extérieure des Etats-Unis en les adaptant à la réalité géopolitique moderne. A deux ans de l’élection présidentielle américaine, cette nouvelle doctrine a-t-elle un avenir ?

Une étude intéressante et très fouillée sur le sujet a été rendue en août dernier par le Centre d’analyse et de prévision au Ministre des Affaires Etrangères. Elle nous amène à faire plusieurs observations.

Il serait important de déterminer si la diplomatie transformationnelle affichée dorénavant par l’administration Bush est plus qu’une simple combinaison entre une réorganisation administrative et une campagne de communication cherchant à redonner crédibilité et cohérence à la politique étrangère américaine. La priorité donnée à la réalité du terrain par rapport aux postures idéologiques néo conservatrices qui prévalaient auparavant, est significative, cependant elle n’intervient qu’après une série d’échecs au Moyen-Orient, en Amérique latine et plus généralement à la suite d’une dégradation dramatique de l’image des Etats-Unis dans le monde. Mécaniquement cette situation négative ne fait qu’accroître les doutes sur la capacité du département d’Etat à développer des programmes de social engineering légitimes et viables dans les pays ciblés.

Une méthode dédiée à l’influence

Cette nouvelle doctrine se révèle être principalement une méthode, et ne remet pas en cause les objectifs et les approches de la politique extérieure des Etats-Unis : une vision unilatérale des problèmes du monde, un rapport asymétrique, du fort au faible, des relations diplomatiques, une propension à l’universalisme et la conviction que le modèle de société américain est le seul à pouvoir assurer le développement d’une société moderne et pacifié, pour toutes les nations du monde. En termes d’accroissement de puissance, peu d’Etats ont rencontré une réussite comparable à celle des Etats-Unis au cours du siècle dernier. Cette réussite n’est pas sans conséquences sur leur politique extérieure. Parvenue au statut d’unique hyper-puissance, les Etats-Unis sont maintenant confrontés au défi de maintenir durablement cette hégémonie. Les centres de décision de Washington découvrent que les outils qui leur ont permis d’accéder à cette position, ne seront pas suffisants pour l’y maintenir.

La chute de l’Union soviétique et de ses satellites a engendré un monde multipolaire plus complexe et plus angoissant que celui de la confrontation des deux blocs. De plus, instruits par l’échec de l’Union soviétique, les nouveaux adversaires des Etats-Unis n’hésitent plus à modifier la nature des conflits, et à faire évoluer les affrontements au-delà des limites de la guerre classique où l’appareil militaire américain est insurpassable. Ironiquement l’administration Clinton était parvenue à ce constat au cours de son deuxième mandat, mais le spoil system (le changement des têtes de l’administration après l’avènement d’un nouveau Président) étant en vigueur depuis 1829, les acquis sous la Présidence démocrate furent perdus à l’arrivée de Bush aux affaires. Ces habitudes partisanes communes aux démocrates et aux républicains pourraient être un obstacle majeur à la réussite des pratiques de social engineering qui sont l’un des piliers de la diplomatie transformationnelle. En effet, si l’on ambitionne de modifier en profondeur une société, il est difficile de se limiter à des cycles de quatre ans, la durée du mandat présidentiel.

De plus l’impact du Congrès sur le futur de la diplomatie transformationnelle sera également significatif. En effet, le Congrès contrôle le budget des agences et des programmes du département d’Etat et du Pentagone, il peut donc en modifier la nature ou réorienter les missions, voir en annuler les effets. Un sénateur républicain influant, Jesse Helms, faillit à lui seul faire disparaître le programme USAID qui serait un des outils majeurs du financement de la nouvelle politique américaine. D’ailleurs tous les financements de ces programmes sont vulnérables. Les représentants et sénateurs ont tendance à orienter les dépenses des programmes fédéraux vers leurs circonscriptions pour des raisons purement électorales, ce système connu sous le nom de pork barrel affecte l’ensemble du budget. Ainsi un programme d’aide au développement peut paradoxalement se voir imposer un fournisseur américain au détriment d’un fournisseur local meilleur marché, diminuant l’impact du programme et augmentant son coût. Pour un élu américain l’aide au développement est une dépense peu profitable électoralement, et peut très rapidement devenir une variable d’ajustement des réductions budgétaires ou simplement faire l’objet de marchandage de la part de groupes de pression, une pratique courante dans la vie parlementaire américaine.Ainsi au cycle présidentiel de quatre ans, s’ajoutent des cycles parlementaires de deux ans qui peuvent perturber la dynamique voulue dans la doctrine de diplomatie transformationnelle.

Cette nouvelle doctrine n’apporte pas d’éclaircissements sur la stratégie réelle et ne prétend pas la modifier, il s’agit seulement d’une adaptation méthodologique. L’application du principe de promotion de la démocratie doit-il l’emporter sur la sécurité des approvisionnements des Etats-Unis ou sa sécurité matérielle.  Le concept de bonne gouvernance qui ressemble beaucoup trop à celui de la banque mondiale mérite d’être affiné et clairement défini. Ces interrogations peuvent être illustré par deux questions :

Va-t-on promouvoir la démocratie et les droits de l’homme dans la société civile en Arabie saoudite ou au Pakistan ? Si la priorité de l’aide extérieure américaine est la promotion de régime stable et démocratique, pourquoi Israël, un régime stable et déjà une démocratie est le premier bénéficiaire de cette aide ?

Ces interrogations peuvent se multiplier à l’infini, sur les politiques passés mais également sur les nouvelles zones prioritaires de la diplomatie américaine les économies émergentes et l’Afrique. On peut également s’interroger sur la réalité pratique de cette nouvelle approche. Promouvoir la démocratie dans un pays subissant un régime autoritaire n’est pas une activité simple. Quel sera le statut de ces agents d’influence, il n’est pas permis aux diplomates d’avoir des activités politiques dans leurs pays d’accueils. Comment réagiront les Etats, les sociétés civiles, les groupes d’influences politiques ou religieux devant l’apparition d’un nouvel acteur qui représentant, ouvertement ou non, les intérêts d’un autre état tente de changer à son profit le status quo.

Peut-on changer les matrices culturelles des nations ?

Les modifications envisagées par les programmes de social engineering tendent à redéfinir les matrices culturelles des nations, le nation bulding est plus proche du nation re-engineering. L’importation d’une idéologie exogène dans une culture est un processus extrêmement agressif et risqué. Il peut avoir sur les sociétés des effets dévastateurs. Les mécanismes de réaction des sociétés sont imprévisibles et potentiellement catastrophiques. Rappelons-nous le modèle communiste khmer rouge au Cambodge, l’échec de la transformation de l’Iran par le shah, le dérapage des stratégies de containment anticommunistes du communisme en Amérique du sud. Il est illusoire d’espérer à court ou moyen termes imposer un système politique dans une société où il n’a pas fait l’objet d’une réflexion approfondie et des évolutions nécessaire a sa bonne marche. Pour mémoire la France, une des patries de l’idée républicaine, est passé par une dizaine de régimes politiques successifs sur près d’un siècle entre la révolution française et la quatrième république avant de devenir une démocratie mature.

Un effort de formation important, autre que linguistique sera nécessaire si la Maison Blanche désire redéployer les fonctionnaires du département d’Etat dans la profondeur de sociétés civiles d’Etats faillis, ou même remédier à des gouvernances défaillantes. Cette interrogation est d’autant plus forte, considérant que les Etats-Unis répugnent déjà à risquer la vie de leurs personnels militaires. La question du temps dédié à ces taches, du degré d’implication des personnels, de formation et de spécialisation des cadres nécessaire pour mener à bien ces transformations en profondeurs, reste à élucider. Les références aux administrateurs coloniaux des anciens empires britanniques et français, ne sont pas innocentes car c’est ce type d’implications personnelles et professionnelles qui sera demandé aux agents de la diplomatie transformationnelle. Les réussites et les échecs de ces pratiques coloniales anciennes devraient être analysés et intégrés, pour déterminer en quoi le nation bulding et le social engineering s’en distingue.

Quels seront les outils, les procédures à mettre en place pour se prémunir contre l’aventurisme et les dérives des structures locales dont la nouvelle doctrine recommande la création. Devra- t’on mettre en place des outils de contre influence pour contrer les Etats concurrents ou d’autres types d’organisations politique ou religieuse. A l’époque du Shah, l’administration américaine avait verrouillé l’appareil étatique et les classes supérieures mais avait négligé l’influence du clergé conservateur chiite. Les Etats concernés par la diplomatie transformationnelle américaine réagiront très certainement à ce type d’opérations, surtout ceux qualifiés par Samuel Huntington d’Etat phare, c’est-à-dire une nation dominante d’un espace culturel donné. Cette réaction sera d’autant plus puissante et efficace, que l’Etat concerné opérera sur son territoire et dans une matrice culturelle qu’il domine. Dans ces nouveaux types de conflits, qui dépassent le champ de la guerre conventionnelle, le plus important n’est pas de déterminer si ces actions relèvent du département d’Etat ou Pentagone, mais plutôt d’arriver à rendre opérationnel une politique d’influence hors limite qui devra être piloté dans le moyen et long terme par un centre de décision au plus haut sommet de l’Etat. Le rythme électoral des démocraties occidentales est un obstacle majeur à l’application d’un tel modèle. .En revanche, les Etats non démocratiques ont déjà commencé à appliquer ce type d’approche (L’Iran au Liban, les pays du Golfe dans la diffusion de l’Islam en Europe, et bientôt la Chine en Afrique).

Stéphane Ledoux

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