L’ICANN libéralise un peu plus le marché des noms de domaines
31 août, 2006 · Poster un commentaire
Les nouveaux contrats proposés aux opérateurs de registres responsables de la gestion des extensions ORG, BIZ et INFO vont permettre à ces derniers d’adopter un système de tarification variable. Le renouvellement d’un nom de domaine pourra ainsi coûter à son détenteur plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d’Euros, en fonction de la popularité du domaine.
Ces nouveaux contrats, finalisés et publiés le 28 juillet dernier, transposent une règle qui s’appliquait déjà à l’extension TV : les opérateurs de registre seront désormais en mesure d’augmenter leurs tarifs de manière spectaculaire et sans avoir à se justifier. Par exemple, un nom de domaine très populaire comme « sex.biz » pourrait voir son coût de renouvellement passer à $100,000 par an ; son détenteur ayant toutefois l’opportunité de renouveler son abonnement à l’ancien tarif pendant une durée de dix ans. L’opérateur est également tenu de prévenir le détenteur du domaine de l’augmentation du coût du domaine au moins six mois avant son renouvellement. Ces contrats ne concernent pas Verisign, opérateur des extensions COM et NET – pas encore, du moins.
Interrogé sur la question, le président de l’ICANN, Vint Cerf, a confirmé cette interprétation, et affirme que la période de dix ans protège efficacement les détenteurs de domaines contre les abus. M. Cerf semble cependant oublier que l’horizon de vie d’une entreprise excède largement dix ans, et que cette mesure donne littéralement aux opérateurs de registre un droit de vie ou de mort sur un pan entier de la netéconomie : de nombreuses entreprises, dont l’activité dépend à 100% de leur présence en ligne, pourraient se voir contraintes de payer un montant calculé en fonction de la fréquentation de leur site web ou de leur chiffre d’affaires. Pire, rien n’interdirait un opérateur de pousser une entreprise vers la sortie, en lui imposant un tarif exorbitant.
Ces règles de gestion sont directement calquées sur le secteur de l’immobilier ; à la différence près que seule une poignée de grands propriétaires siégeant à l’ICANN profiteront effectivement de cette libéralisation. Les avocats de l’ICANN poussent le cynisme jusqu’à expliquer que « la libéralisation des prix sur un marché monopolistique favorise la libre concurrence ». Rappelons, pour mémoire, que cette annonce fait suite à plusieurs autres décisions controversées, telles que l’autorisation donnée aux prestataires d’enregistrement de masquer l’identité des détenteurs de noms de domaines dans les registres Whois – cadeau fait aux cybersquatteurs qui les protégera mieux encore des poursuites en justice – ou encore le renouvellement du monopole de Verisign sur la gestion des extensions COM et NET.
http://www.icann.org/announcements/announcement-2-28jul06.htm :
“Following extensive consideration and discussion, each of the proposed new .BIZ, .INFO and .ORG registry agreements provide for the lifting of price controls formerly imposed on the pricing of registry services. However, in order to protect incumbent domain name registrants and allow time for planning by those in the registry and registrar communities, the form of registry-registrar agreement proposed with each of the new registry agreements requires six months advance notice by the registry operator of any price increase in registry services.”
http://www.icann.org/legal/cfit-v-icann/icann-reply-on-cfit-26may06.pdf : "in a single supplier market, price caps are, if anything, procompetitive” [page 6]
Autre source : http://www.icannwatch.org/article.pl?sid=06/08/24/1857218
La « naïveté » militaire américaine en Irak
30 août, 2006 · Poster un commentaire
Les autorités militaires américaines en Irak organisent régulièrement des bals pour distraire leurs troupes. Ils n’hésitent pas à coller des affiches dans différents lieux fréquentés par les Américains à l’intérieur de la zone où travaillent de nombreux Irakiens. Ces affiches indiquent le lieu, le jour et l’heure du bal. Cette communication d’infos ne passe pas inaperçue.
Les travailleurs irakiens qui circulent à l’intérieur de la zone verte sont infiltrés par les milices sunnites et chiites. Régulièrement, des tirs de roquette frappent ces objectifs et provoquent des pertes dans les rangs américains. Un Français qui s’étonnait de cette légèreté a posé récemment la question à un officier américain : « Pourquoi donnez-vous l’information de manière aussi risquée ? ». Réponse : « On ne peut pas partir du principe que les gens soient tous mauvais dans ce pays». La politique sécuritaire définie par les autorités américaines en Irak est très paradoxale : d’un côté les militaires américains mettent des pancartes dans tous les lieux sensibles en demandant aux personnels de surveiller ce qu’ils disent au téléphone. Et dans le même temps, le soldat deuxième classe de l’US Army qui colle une affiche pour annoncer un bal afin d’en informer les différentes unités sur place, ne prend pas de précaution particulière. Ce paradoxe est incompréhensible car il contribue à développer une vision totalement schizophrénique de la sécurité. Pour tout ce qui est opérationnel, on se tait, pour les loisirs on parle. Seulement voilà, la guérilla et les terroristes irakiens ne font pas la différence et exploitent au maximum ce genre d’incohérence du camp américain.
L’enjeu français d’une carte vitale européenne
30 août, 2006 · Poster un commentaire
Lors des déplacements à l’étranger, il est désormais obligatoire de se munir d’une carte vitale européenne. Outre le fait que cette carte coûte au contribuable, elle ne spécifie rien de plus que les droits de l’assuré. Or on peut s’étonner que la France, qui via la carte vitale dispose d’un élément technologique avancé par rapport au reste de l’Europe, comme elle l’a démontré jadis avec la carte à puce, n’arrive pas à imposer sa technologie.
En effet, la carte vitale dispose d’une puce contrairement à la carte vitale européenne. Cette puce peut stocker des informations à commencer par les droits de l’assuré et à terme son dossier médical directement consultable via un ordinateur en cas de besoin et ceci dans un souci de praticité lors des consultations chez le médecin ou si l’assuré doit être emmené aux urgences pour préserver le suivi de ses antécédents médicaux et le choix des traitements. Ce dispositif qui devait être mis en place en 2007 à d’ores et déjà pris du retard. Pour atteindre un tel objectif pratique, les informations contenues dans la puce de la carte vitale devront être lisibles par tous les centres hospitaliers européens et de facto disponibles en plusieurs langues (les noms des médicaments pouvant différer d’un pays à l’autre ou ne pas exister dans certains pays de l’Union Européenne car non autorisés pour des raisons sanitaires ou l’existence d’un puissant lobbying pharmaceutique national) et sécurisées par cryptage.
Les enjeux sont à la fois linguistiques (quelle langue utiliser ?) et informatiques (quel système adopter ?). Sans oublier les réponses à fournir à ces différentes questions : Quel organisme ad-hoc, existant ou crée spécifiquement, serait chargé de cette gestion ? Sous quelles modalités ? Comment et par qui serait il constitué? Quels seraient ces pouvoirs officiels et réels ? Quel pays serait capable de fournir cette logistique informatique mais aussi de la sécuriser, de l’entretenir, de la faire évoluer? Quelle politique vis à vis des données confidentielles serait adoptée?
La France possède ces savoir faire et dispose de son expérience grâce au système crée pour l’utilisation de la carte vitale. Qu’attend-elle pour sensibiliser les autres pays partenaires de l’Union européenne à cette démarche innovante ? Il s’agit là d’un vecteur de rayonnement européen pour la France tant en matière de politique socialement responsable tant qu’en matière technologique. Pour cela, des actions de lobbyings sont à prendre en compte et la sécurisation de l’information privée aussi. Bref, un chantier de plus qui reste inexploité par faute d’une vision dynamique de notre créativité.
Vincent Munier

