L’argent public versé à France Libertés sert-il à déstabiliser des groupes industriels français ?
24 mai, 2005 · Poster un commentaire
Lorsque Danielle Mitterrand crée la Fondation France Libertés en 1986, elle s’inscrit dans une démarche humanitaire qui cherche à soutenir des projets de terrain. C’est dans cet esprit que l’État, alors dirigé par François Mitterrand, lui attribue une subvention annuelle qui a été maintenue sous les différents gouvernements qui se sont succédés jusqu’en 2005. C’est ainsi que Matignon a versé à la Fondation France Libertés la somme de 915 000 euros en 2002, 400 000 euros en 2003 et 500 000 euros en 2004.On peut comprendre la légitimité de cette subvention dès lors qu’elle s’inscrit dans des actions concrètes dont l’objectif est par exemple d’améliorer les conditions de vie d’une population vivant dans un bidonville ou de lutter contre l’illettrisme.
Mais au cours des années, la Fondation France Libertés a pris une orientation politique marquée en s’attachant à dénoncer les régimes dictatoriaux qui bafouent les droits de l’homme et qui portent atteinte aux minorités. D’association à vocation humanitaire, France Libertés est devenue une ONG politisée qui a multiplié les missions d’enquête, les campagnes de sensibilisation, et les interventions auprès des gouvernements et des institutions internationales. L’émergence de l’alter mondialisation conduit Danielle Mitterrand à se rendre en 2001 au premier Forum Social Mondial à Porto Alegre.
Cette politisation soulève un problème de taille : l’argent des contribuables peut-il servir à la défense d’une cause politique très orientée politiquement. De par son statut, la fondation France Libertés n’est pas un parti politique, ne présente pas de candidats aux élections et ne peut pas à ce titre bénéficier du financement légal des partis politiques.
Est-il normal dans ce cas d’accorder une rente de situation à une personne sur le simple fait qu’elle a été l’épouse d’un Chef d’État ? Mais il y a plus grave. L’activité de cette fondation est aujourd’hui centrée sur le problème de l’eau. Il suffit d’aller visiter son site Internet pour s’en rendre compte. Une fois de plus les chiffres parlent d’eux-mêmes. Si l’on s’attarde sur le budget prévisionnel de 2004, France Libertés a prévu d’allouer 615 000 euros sur les 1 240 000 euros de recettes (dont 500 000 euros prévus à titre de dotation gouvernementale), à des actions de terrain et de sensibilisation dont une grande partie est sur l’eau. Mais ce problème de l’eau n’est pas traité sur un plan purement humanitaire. Si ces informations sont exactes, on est en droit d’interpeller le gouvernement sur la subvention annuelle qu’il accorde à la Fondation France Libertés dont la finalité a fortement évolué en 20 ans, passant de l’humanitaire à l’action infrapolitique. Dans la période de crise économique que nous vivons, l’argent du contribuable mérite peut-être d’être orienté vers d’autres priorités.
L’utilisation des sommes allouées à une ONG pose un autre type de problème : comment cet argent est-il utilisé ? Le changement de cap de France Libertés s’est traduit par la nomination de Jean-Luc Touly qui est devenu en 2005 le délégué général de France Libertés. L’arrivée du syndicaliste CGT de Véolia met l’accent sur le débat qui se développe aujourd’hui au sein de certaines ONG, à savoir le poids financier des permanents par rapport aux actions engagées. France Libertés a 10 salariés permanents. En juin 2004, le Trésorier de la Fondation mettait en garde les membres de l’association sur le fait que la masse salariale était devenue maximale par rapport aux ressources et aux dépenses consacrées aux actions. Le second problème est le salaire de Jean-Luc Touly qui toucherait 3200 euros net par mois pour un équivalent de mi-temps. L’esprit de justice sociale revendiquée par France Libertés est-il cohérent par rapport à ce niveau de salaire ?
En proie depuis plusieurs années à une crise interne, la direction de France Libertés a opéré en 2004 une restructuration qui privilégie de plus en plus l’agitation médiatique à finalité politique aux dépens des missions humanitaires qui prévalaient jusqu’alors. Cette orientation n’aurait rien de problématique si elle ne concentrait pas la quasi-totalité de ses forces sur la critique et la déstabilisation des deux groupes français de l’eau. C’est dans cet esprit que fut organisé la conférence de presse du 13 mai dernier, à l’Assemblée Nationale sur le thème «l’Eau pour la vie, pas pour les profits». Et puis il demeure une question subsidiaire non négligeable : comment expliquer que des gens de gauche ressentent le besoin de s’appuyer sur une ONG américaine comme Public Citizen pour défendre l’idée du service public dans le domaine de l’eau (celle-ci a notamment demandé à France Libertés d’héberger dans ses locaux, rue de Milan à Paris, une contractuelle suisse, Giuseppina Pagano, pour orchestrer les manifestations du 13 mai)? La défense du service public n’est pas une idée dominante dans la culture américaine, y compris dans l’univers des ONG. En second lieu, la propagande de France Libertés sur la question de l’eau est très frileuse sur la manière dont les Américains cherchent à s’emparer du marché mondial et à protéger leur sphère d’influence en Amérique latine et aux Philippines. Pour des militants anti-impérialistes comme Danielle Mitterrand et Jean-Luc Touly, il y a là une carence dans leur pensée qui soulève quelques interrogations sur la légitimité de leur action.
Qui se cache derrière l’attaque programmée contre Suez ?
12 mai, 2005 · Poster un commentaire
Public Citizen semble jouer un rôle majeur dans l’organisation de la conférence de presse Stop Suez à laquelle participera Danielle Mitterrand dans une salle de l’Assemblée Nationale le 13 mai prochain. Cette date n’est pas anodine car elle correspond à l’assemblée des actionnaires du groupe Suez. Voici la traduction d’un tract rédigé en anglais qui annonce le fil conducteur militant de la démarche anti-Suez.
L’Ong Public Citizen s’associe à un fonds éthique américain Boston Common Asset Management pour coincer Suez entre le marteau de l’humanitaire et l’enclume de la corruption. Certains voient dans cette croisade pour la justice une main invisble qui a d’autres objectifs que la lutte contre la pauvreté et la défense de la morale financière.
Après recoupement de l’information, notons au passage que le groupe Suez n’est pas présent au Ghana et en Uruguay. Que viennent donc faire les délégations de ce pays dans cette histoire? .Petit détail, Suez est présent au Mexique mais l’Ong Public Citizen se garde bien de citer ce pays ou d’y déclencher la moindre manifestation d’envergure. Pourquoi? Le Mexique serait-il un pays où les Etats-Unis n’ont pas intérêt à faire trop de vagues…
Rappelons enfin que les contrats remportés par Suez en Amérique latine (zone fortement visée par l’action de Public Citizen) ont été signés sous la Présidence de François Mitterrand. A l’heure où l’on fait voter les morts pour la Constitution européenne, on serait curieux de connaître l’avis de Danielle Mitterrand sur la position posthume de l’ancien leader charismatique du Parti socialiste dans ce dossier sur de l’eau.
Le tract traduit ACTIONS PREVUES LORS DE L’ASSEMBLEE GENERALE DE SUEZ Chers amis, Nous vous contactons pour solliciter votre soutien, votre coopération et votre expertise pour les actions prévues durant l’Assemblée Générale Annuelle des actionnaires de SUEZ le 13 Mai 2005 à Paris. Comme vous le savez, des citoyens dans le monde, d’Argentine à la Bolivie en passant par l’Indonésie et les Philippines, souffrent des conséquences de la privatisation de l’eau et des politiques injustes de cette multinationale. Des représentants d’un certain nombre de ces Etats se sont rencontrés récemment lors du Forum Social Mondial à Porto Alegre au Brésil, où il a été décidé de dénoncer et d’agir contre Suez lors de son Assemblée Générale en France le 13 Mai. Nous recensons les revendications et aimerions connaître votre position. Pour plus d’informations sur les problématiques liées à Suez, veuillez lire notre fiche d’analyse sur cette société qui se trouve à l’adresse : http ://www. citizen. org/documents/profilesuez.pdf “Public Citizen” travaille avec “Boston Common Asset Management”, un groupe d’actionnaires progressistes désireux de mettre à l’ordre du jour de l’Assemblée Générale Annuelle de Suez un communiqué des populations touchées. Nous sommes en contact avec de nombreux groupes des pays touchés, notamment en Argentine, Bolivie, Ghana, Philippines, Indonésie et Uruguay, tous désireux d’agir. Beaucoup d’entre eux souhaitent envoyer un représentant à Paris lors de la réunion des actionnaires, préparer une déclaration destinée aux actionnaires de Suez, ou participer à d’autres activités telles que des conférences de presse, des grèves, des manifestations et des discussions publiques. Le soutien aux groupements en France et plus généralement en Europe est absolument essentiel au succès de cette mobilisation. Jusqu’à présent, l’association des Amis de la Terre - France s’est montrée d’une aide précieuse. Nous cherchons maintenant à étendre notre action par vos idées, votre implication et votre soutien ! Voici quelques actions auxquelles vous pouvez apporter votre contribution : 1. Organiser une conférence de presse à Paris pour présenter le communiqué qui sera lu lors de l’assemblée générale de Suez et ainsi faire entendre par les médias la voix des pays concernés. 2. Proposer des services de traduction, étant donné que de nombreux groupes ne parlent pas français. La plupart des documents en cours de réalisation devront être traduits en français. 3. Organiser des forums publics ou tout autre manifestation à l’occasion desquelles les groupes originaires des pays concernés (tels que la Bolivie, les Philippines, etc…) pourront s’adresser à l’opinion publique française sur ces problèmes. 4. Y a-t-il intérêt en France d’organiser un mouvement de grève ou une manifestation pendant l’assemblée générale de Suez ? Cela constituerait un message très fort. 5. Collecter des fonds pour faire venir des groupes originaires des pays concernés et assurer l’hébergement des représentants qui viendront. 6. La Coalition Nationale Contre la Privatisation de l’Eau au Ghana (NCAP) souhaite envoyer un porte-parole en France en avril pour contribuer à la mobilisation auprès des actionnaires en vue de l’assemblée générale. Nous avons besoin d’aide pour organiser l’emploi du temps de l’intervenant, son hébergement, etc… Merci de diffuser cette information auprès de toute personne susceptible d’être intéressée. Nous espérons recevoir vos contributions sur l’ensemble de cette démarche. N’hésitez pas à prendre contact avec nous pour nous apporter votre opinion sur les actions proposées. Sincèrement, Sara Grusky Public Citizen, USA sgrusky@citizen.org 202 454-5133 Mawuli Dake Coalition Nationale Contre la Privatisation de l’Eau au Ghana maawuli@gmail.com
Comment l’ONG Public Citizen prépare sa guerre de l’information contre Suez.
11 mai, 2005 · Poster un commentaire
Un correspondant nous a fait parvenir ce document traduit d’un texte rédigé par Public Citizen afin qu’il soit réutilisé à des fins de propagande en France. La traduction n’est pas toujours parfaite et il manque les notes en soutien à l’argumentation qui ne figurait pas dans ce brouillon. Télécharger le document
L’espionnage industriel…
11 mai, 2005 · Poster un commentaire
L’espionnage industriel ou électronique est-il devenu un élément essentiel de la guerre économique et de la concurrence entre états ou entreprises ? Quelles sont les moyens utilisés pour espionner et les méthodes pour s’en protéger ? C’était le thème de l’émission "Le téléphone sonne" de France Inter le 10 Mai 2005.
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/emissions/telsonne/
Les invités étaient: Bernard Carayon, Maurice Botbol, Louis Caprioli
Comment manipuler le débat américain sur la malbouffe?
11 mai, 2005 · Poster un commentaire
La polémique sur les dégâts provoqués par les produits alimentaires se durcit aux Etats-Unis. Des experts soupçonnés d’être proches de certains industriels de l’agroalimentaire démontrent que les personnes qui ont un surpoids non excessif ont en moyenne une durée de vie plus longue.Ce résultat est possible car ces experts omettent de préciser qu’ils font dire aux statistiques ce qu’ils veulent entendre. Quelle est leur astuce ? Les personnes âgées traitées pour des maladies cancéreuses perdent du poids du fait des traitements par rayon X. Ces malades en situation de sous poids ont une durée de vie limitée. Ils sortent hélas rapidement des statistiques du fait du taux de mortalité élevé pour ce type de maladie chez les personnes âgées. Ainsi est-il facile d’en déduire faussement que le surpoids est un gage de vieillesse. Cette technique de tromperie par omission est classique. Les Japonais l’avaient utiliser au cours des années 80 lorsqu’ils prétendaient que leurs centrales nucléaires tombaient moins souvent en panne que les centrales nucléaires françaises. Ils omettaient de préciser qu’ils n’incluaient pas dans leur calcul statistique les jours fériés.
L’exception culturelle française réduite à une peau de chagrin ?
9 mai, 2005 · Poster un commentaire
La France est en très mauvaise posture dans trois batailles décisives de la compétition dans l’industrie de la connaissance. Les deux premières appartiennent déjà au passé. La première bataille a eu pour enjeu le contrôle des logiciels. Le verrouillage des institutions scolaires et universitaires est une des cibles majeures de la stratégie de contrôle du marché conçue par Microsoft. En France, Microsoft a signé en 1998 un contrat cadre national avec l’Etat, renouvelé à la fin de 2003. Ce contrat vise à harmoniser les parcs informatiques de l’Education nationale (http://www.educnet.education.fr/plan/microsoft.htm).
Cette stratégie de Microsoft se décline sur tous les secteurs de la société civile : licences pour associations, licences pour matériel d’occasion, licences pour les PVD (programmes de dons de machines), participation aux actions de formation etc. Le verrouillage se fait à tous les niveaux : vendeurs d’ordinateurs/licences OEM rendant en pratique quasiment impossible l’achat d’un ordinateur sans windows ; concurrents-contentieux/accords de coopération technique croisée, sans oublier le lobbying auprès de la commission européenne pour faire passer la brevetabilité des logiciels, ce qui reviendra à régler définitivement le problème de Linux et des logiciels libres et gratuits.
La seconde bataille est passée quasiment inaperçue. La réforme des diplômes universitaires, souhaitée par l’Union européenne, passe pour une mesure de bon sens car elle donne à chaque étudiant d’un pays membre la possibilité d’aller travailler dans un autre pays en conservant ses acquis universitaires. Ce bon sens a cependant une limite importante: la réforme est une pâle copie du système américain. Or le système éducatif américain a démontré depuis longtemps ses limites: grille monoculturelle dans les standards éducatifs (monopole de l’anglais, vision unilatérale du fonctionnement des sociétés industrielles), démocratisation biaisée de l’université par un tri sélectif par l’argent dans l’accès aux universités les plus réputées, baisse du niveau culturel général des étudiants, méconnaissance des autres cultures). Si la France a su préservé son système de grandes écoles, elle a cédé sur la plupart des autres fronts.
La troisième bataille porte sur l’accès électronique à la connaissance. Google a annoncé la couleur en se lançant dans sa grande avanture de numérisation de millions d’ouvrage. L’Europe essaie de suivre l’exemple en imitant à petite échelle ce qui va se faire à grande échelle. Cette bataille n’est pas encore perdue mais tout dépendra de la dose de stratégie que l’Europe voudra mettre dans ce projet. Si l’influence des pays européens, proches des Etats-Unis, est aussi forte qu’elle ne l’a été dans la réforme Licence/Mastère/Doctorat, on peut s’interroger sur l’efficacité et la portée des actions de l’Union européenne. La production de connaissance n’est pas simplement un acte technique qui consiste à mettre à disposition des internautes les œuvres des différentes civilisations. Encore faut-il savoir mettre en avant le respect des cultures (sous-entendu dans l’exception culturelle frnaçaise) et non la supériorité d’une culture sur les autres («Les Etats-Unis sont la seule nation indispensable au monde»). Dans ce domaine comme dans d’autres, celui qui saura le mieux occuper le terrain, sera celui qui aura su se doter d’une stratégie et des moyens de l’appliquer.

