Passer à l’offensive en matière de politique industrielle : on est loin du compte
6 janvier, 2005
Jacques Chirac a pris conscience de l’effort nécessaire à accomplir en tant que pilote d’un Etat/stratège mais les bonnes intentions en matière d’innovation ne suffisent pas. La France n’a pas de stratégie d’accroissement de puissance. C’est une constatation évidente que la classe politique ne veut pas admettre, à l’exception de quelques trop rares députés.La création d’une agence dotée de 4 milliards d’euros pour impulser des efforts de recherche sur des produits innovants comme la voiture propre ou les biotechnologies, est une étape élémentaire qui aurait dû voir le jour dès la fin des années 80. Au-delà de mesures de rattrapage du retard accumulé, le pouvoir exécutif doit s’attaquer aux problèmes de fond. A commencer par l’écriture d’une doctrine sur l’accroissement de puissance. Dans une telle optique, la France a plusieurs dossiers majeurs à finaliser : Le premier dossier porte sur le commerce extérieur qui est en train de prendre une pente négative durable (cf les articles du Monde publiés en novembre et décembre 2004 sur le sujet). Héritières d’une économie de subsistance centrée historiquement sur elle-même, les entreprises françaises ont le plus grand mal à se projeter hors des zones traditionnelles d’échange. C’est ce qui explique notre difficulté à nous implanter efficacement et durablement en Asie. Sans une solide politique d’intelligence économique, les efforts dans l’innovation ne compenseront pas ce déficit dans la conquête des parts de marchés dans les nouveaux pays industrialisés. Un Etat stratège digne de ce nom doit fixer en concertation avec les industriels des pays cibles prioritaires. La France ne peut plus se contenter de rayonner au gré du vent. Ses finances sont limitées et ses moyens humains aussi. Le dispositif étatique actuel d’intelligence économique ne permet pas une telle démarche. Un cas d’école parmi d’autres : la France ne dispose d’aucune centralité de l’information utile sur la Chine et cela ne dérange personne ni à l’Elysée, ni à Matignon, encore moins à la Fondation pour l’innovation politique ou dans les greniers de la rue de Solferino. Les problèmes de cet ordre sont multiples et non listés. Une réunion organisée à Matignon au cours du dernier trimestre 2004 sur le thème intelligence économique et exportations a démontré l’encéphalogramme plat de la haute administration en matière de définition d’une vision durable sur une politique d’accroissement de puissance. Ne parlons pas du Parlement, théoriquement chargé de contrôler l’action du pouvoir exécutif, le niveau est encore pire. Ces mots-là ne sont même pas dans leur vocabulaire. Un témoin de cette réunion à Matignon précise qu’on évoquait les problèmes en fonction des envies de certains qui s’accaparent l’action sur un pays ou de réflexions dignes du catalogue de la Redoute. Le pouvoir n’a pas encore compris qu’une réflexion élémentaire se fait avec une cartographie des acteurs sous les yeux afin de prendre des décisions après avoir répondu aux question suivantes : Quels sont nos adversaires économiques ? Quelles positions occupent-ils ? Pourquoi ? Comment ?…. Dans un autre monde, Monsieur Brochand, l’actuel patron de la DGSE aurait du pain sur la planche. Un autre exemple type : comment créer des réseaux d’influence durable avec des fonctionnaires qui ne restent pas plus de trois ans en poste dans un pays. Cette aberration n’est prise en compte par personne et surtout pas par ceux qui sont en charge de piloter la réforme de l’Etat. Le futur proche fera la démonstration par l’absurde à M. Jacques Chirac que notre système de renseignement a une organisation archaïque qui ne sera hélas réformé qu’après l’équivalent d’un 11 septembre à la française. Dans ce domaine, le pouvoir politique a une responsabilité majeure d’autant plus grave que toutes les leçons lui sont données une par un et soulignée de dix traits par les Etats-Unis depuis 3 ans. Les déboires de l’armée française en Côte d’Ivoire sont une première illustration de l’obsolescence du système dans le domaine de la guerre de l’information. Mais le politique comme la haute hiérarchie militaire vont s’employer très vite à oublier la leçon essentielle : notre vulnérabilité aux opérations agressives de guerre de l’information par des forces insignifiantes au regard de notre potentiel de puissance.



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