Les fragilités du pétrole norvégien

27 octobre, 2004 · Poster un commentaire 

Le Premier Ministre norvégien a dû déclarer la grève illicite et obligé les syndicats à entamer un processus de négociation forcé pour éviter une rupture d’approvisionnement du pétrole. Dans ce pays de 4 millions d’habitants, les syndicats ne plaisantent pas. Les 27 et 28 septembre 2004, les contrôleurs aériens ont déclenché une « grève surprise » de 48h pour protester contre le déménagement de leur site.Pour éviter de tomber sous le coup de la loi,  leur tactique a été simple : ils ont tous apporté un arrêt maladie le même jour. Les grèves sporadiques des contrôleurs aériens norvégiens risquent de s’étaler sur plusieurs mois, voire plusieurs années si ils ne trouvent pas un terrain d’accord avec les autorités.
La Norvège est le troisième producteur de pétrole mondial. Jusqu’à présent, le gouvernement norvégien a su protéger cette activité de toute influence politique ou sociale. Il semble que cette situation ne soit pas éternelle. Cette zone sensible avait déjà atteinte par la guerre de l’information qui a touché Total à propos de la construction d’un pipe line en Birmanie au milieu des années 90. A cette époque, Total a dépensé discrètement pas mal d’argent en communication pour redresser son image en Norvège, à cause des attaques informationnelles dont était victime le pétrolier français sur le web. La France importe 25% de son pétrole et de son gaz de Norvège par pipe line sous-marin. Ce pays a donc une importance stratégique.

Les vols bleus

26 octobre, 2004 · 1 commentaire 

France 3 a diffusé lundi 25 octobre un reportage sur les troupes américaines en Irak dans le cadre d’un spécial Pièces à conviction. Image marquante parmi d’autres, ce militaire des forces spéciales US qui souffrait du syndrome post-traumatique. La jambe tremblante en permanence, les mains nouées, ce soldat d’élite nous renvoie au problème du rapport à la guerre. Appelés en France « vols bleus », ce type de syndrome est moins courant : moins de 10% des effectifs alors qu’aux Etats-Unis, on fait état de 17% des soldats revenant d’Irak qui sont touchés par ce phénomène.

Mais le taux semble beaucoup plus élevé dans l’hôpital qui recueille les blessés américains venant d’Irak. Un médecin de cet hôpital, chargé de soigner les victimes du syndrome post-traumatique, parle d’un quart des blessés. Comment expliquer cette différence entre armée française et armée américaine? La manière de vivre des citoyens américains, leur ignorance du monde extérieur, leur désintérêt pour les cultures étrangères sont une première explication. La formation des troupes US au combat est une deuxième explication. Mauvais de manière générale dans les stages commandos, les soldats américains sont trop dépendants de la chaîne logistique et de la technologie. Ils ne sont pas assez attentifs aux conditions primaires de la violence et du combat. Les industriels de l’armement français qui travaillent sur les nouvelles armes légères et la Délégation Générale à l’Armement devraient se pencher un peu plus sur leur tendance naturelle à copier le made in USA. Ce mimétisme peut s’avérer à terme catastrophique.


Pour info : Lu sur le site http://www.overdrive-audiovisuel.com
Intitulé « GI’s en Irak : paroles interdites », un numéro spécial de Pièces à conviction permettra, le lundi 25 octobre à 20h55, d’entendre, pour la première fois, les GI’s américains témoigner de « leur guerre » en Irak… La désillusion est violente pour ces militaires, dont la moitié a moins de 24 ans : « On ne devrait même pas être ici… On doit rentrer, leur rendre leur pays. réparer ce qu’on a détruit ». 1000 morts, 7000 amputés et 24 000 soldats évacués pour raisons médicales : c’est le « coût humain » de cette guerre commencée il y a 19 mois. Toujours selon les indications de France 3, l’équipe de Pièces à conviction a pu pénétrer clandestinement dans le plus grand hôpital militaire américain. Après six mois en Irak, Daniel parle de la « maladie du cauchemar », le syndrome post-traumatique causé par ce conflit qui, en s’éternisant, ressemble à un nouveau Vietnam.

Du pétrole en Mauritanie

26 octobre, 2004 · Poster un commentaire 

Les Australiens sont-ils plus futés que les Français ? Des informations venant de Mauritanie font état d’une activité débordante de structures australiennes pour aider les populations à lutter contre les ravages provoqués par des insectes sur les cultures. Mais dans le même temps, des locaux font état de la découverte de gisements de pétrole par des compagnies australiennes.Où est passé Total ? Souhaitons que cette compagnie soit exemplaire sur ce coup. On a en mémoire l’autosatisfaction d’un directeur Afrique qui se présentait comme le grand gourou de la recherche pétrolière en 2001. L’avenir dira si ce grand gourou était aussi intelligent qu’il le prétendait à l’époque. Si ce n’est pas le cas, il s’agirait d’un ratage particulièrement grave de Total dans une zone francophone.

Deux poids, deux mesures

25 octobre, 2004 · Poster un commentaire 

Dimanche 24 octobre 2004, Karl Zéro nous a encore fait son numéro de «franc et honnête citoyen», défenseur des Droits de l’homme, en relatant sur Canal plus l’affaire Indymédia. Rappelons les faits. A la suite des polémiques issues des scènes de casseurs lors de la réunion du G8 à Genève, la police suisse a diffusé des photos de casseurs sur Internet pour appel à témoins.

En guise de réponse, les milieux alter mondialistes ont réagi en sortant la photo de deux flics genevois sur le site d’Indymédias-Nantes. Ils ont communiqué leur adresse personnelle. Les deux inspecteurs genevois appartenaient à la cellule chargée des enquêtes sur les émeutes de Genève en marge du sommet du G8 qui s’est déroulé à Evian en  2003. Ce qui est intéressant dans cette affaire, ce n’est surtout pas le cinéma de Karl Zéro mais la manière dont l’administration de Genève a géré le dossier. Le FBI a été sollicité pour enquêter sur l’hébergeur américain du site d’Indymédia-Nantes. Celui-ci a dû retirer les deux photos à la suite de cette intervention. Le Ministère américain de la Justice a indiqué que l’opération contre le serveur du site contestataire a été réalisée à la demande de l’Italie et de la Suisse dans le cadre d’un Traité d’assistance judiciaire mutuelle (MLAT), par lequel les pays se prêtent assistance “dans des enquêtes portant sur le terrorisme international, les enlèvements et le blanchiment d’argent“.


Il y a plusieurs enseignements à tirer de cette affaire :


1) La coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme fonctionne mieux sur les problèmes d’alter mondialisation que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme islamique. Comment expliquer que le site la voix des opprimés qui fait l’éloge de Ben Laden et des mouvements islamiques armés soit encore domicilié sur le territoire américain sans que le FBI ne lève le petit doigt. Le gouvernement de Tony Blair comme l’administration Bush ne semble guère pressées de voir interdire ce site qui va bien plus loin  que d’afficher le portrait de deux policiers.


2) Les Autorités suisses ont fait preuve de confusion et de maladresse. L’appel à témoins avec l’appui de photos d’actes délictueux est une méthode d’investigation judiciaire admise dans le Nord de l’Europe. Elle est présentée dans d’autres pays comme la France comme un acte qui menace les libertés publiques. Cette différence de perception crée une faille du côté des autorités genevoises en termes de guerre de l’information. L’action du FBI, non assumée par les autorités suisses, devient de fait un avantage qui tourne vite au désavantage. Les alter mondialistes ont bien appris leur leçon en recourant au cycle répression/solidarité/mobilisation. 800 sites reproduiraient aujourd’hui l’info sur la police suisse, à son désavantage bien entendu. L’absence de réflexion sur les mécanismes de la guerre de l’information dans le renseignement de police est illustrée une fois de plus par cette démonstration par l’absurde.


Voilà ce que nous donne www.allwhois.com (site qui permet d’avoir les informations sur le propriétaire d’un nom de domaine) sur le site « La voix des opprimés » :


Domain Name: STCOM.NET


   Administrative Contact:
      La Voix des Opprimes, LVO  (15421999I)  sifoullah@hotmail.com
      Agence de nouvelles internationales
      101 Orford Road
      9 Village Court
      Walthamstow, London E17 9TA
      GB
      +44 (0) 796 090 8299 fax: + 44 (0) 208 521 5926


   Technical Contact:
      Network Solutions, LLC.  (HOST-ORG)  customerservice@networksolutions.com
      13200 Woodland Park Drive
      Herndon, VA 20171-3025
      US
      1-888-642-9675 fax: 571-434-4620


   Record expires on 25-Aug-2005.
   Record created on 26-Aug-1998.
   Database last updated on 25-Oct-2004 05:52:25 EDT.


   Domain servers in listed order:


   NS.HMDNSGROUP.COM            63.247.131.254
   NS2.HMDNSGROUP.COM           63.247.132.4

L’Etat commencerait-il à prendre la pente de la réflexion sur la puissance ?

22 octobre, 2004 · Poster un commentaire 

La création d’une délégation générale à l’intelligence économique à Bercy est intéressante au moins sur le plan linguistique. Si on reprend le texte de la dépêche AFP, trois axes de travail retiennent l’attention:

1) Une veille concurrentielle des nations intégrant à des analyses économiques et financières des remises en perspective de nature historique, sociologique et culturelle. Cette démarche est tout à fait nouvelle dans le sens où elle repose sur une lecture non évènementielle des rapports de force économiques. A la différence de l’approche mono culturelle américaine, l’accent est mis sur ce qui fait la force de la démarche française d’intelligence économique, à savoir la prise en compte de l’histoire des peuples et de leur cheminement culturel dans la lecture des stratégies géoéconomiques.


2) La volonté de cerner la stratégie économico politique des principales nations du globe. Ce type d’intention n’est pas dans le style en usage dans les textes officiels de l’administration. On est loin des discours sur la Défense économique, hérités de l’ordonnance de 1959. Il ne s’agit plus de se concentrer sur la protection du patrimoine mais d’élargir le champ de vision à l’étude des stratégies des puissances concurrentes.


3) L’incitation à anticiper les décisions prises par des organisations internationales, des gouvernements ou des entreprises étrangères qui auraient pour effet de nuire aux intérêts économiques et industriels de la France. Cette notion d’anticipation n’est pas non plus anodine. Il s’agit de proposer aux responsables politiques du pays un éventail de contre-mesures envisageable pour s’opposer à des manœuvres portant atteinte à notre intérêt national. Ce type de déclaration n’est pas le fruit de la culture de l’inspection des Finances, ni de la direction du Trésor et encore moins de l’INSEE. La mission de cette délégation s’inscrit dans un autre champ référentiel.
Et c’est bien là l’interrogation majeure : comment les caciques de Bercy vont-ils jauger une telle initiative ? Les partisans de la culture FMI et Banque mondiale, très présents dans les hautes sphères du Ministère des Finances, les garants de la culture administrative à la française (centrée sur l’intérêt général et découplée des rivalités entre intérêts de puissance) ainsi que les lobbies syndicalistes ne sont prêts à assimiler ce type de vision proactive de la puissance sous-tendue par une démarche d’intelligence économique.
In fine, cette délégation n’est-elle qu’un futur Centre d’Analyse et de Prévision comme il en existe un au Quai d’Orsay, c’est-à-dire un lieu où il fait bon de passer un  temps pour la progression de carrière mais qui n’a pas de prise directe avec le système de décision du Quai ?
Ou, soyons optimiste quelques secondes, est-ce la première amorce d’un changement de cap de la culture administrative française au cœur d’un Ministère considéré comme stratégique en matière de préservation de l’intérêt de puissance ?
Une chose est sûre, Monsieur Alain Juillet n’a pas attendu ce texte pour s’engager dans cette voie. Gageons que les gens de Bercy s’en souviennent et jouent la partie avec lui  (si il y a une partie à jouer…).

Un homme à double face est mort

22 octobre, 2004 · Poster un commentaire 

Stevan Dedijer est mort en juin 2004. Il est le créateur du concept d’intelligence sociale au début des années 1970 en expliquant que l’information, la connaissance et la  technologie sont les trois leviers de la puissance des nations du monde à venir. Mais cet homme étonnant qui sautait en parachute encore à 70 ans, au contact facile, avait peut-être plusieurs cartes dans son jeu.Il était fiché aux Etats-Unis comme proche du NKVD avant la seconde guerre mondiale. C’est du moins ce que raconte une encyclopédie mondiale du renseignement, édition américaine des années 1970. Ce futur citoyen yougoslave qui a fait une partie de ses études aux Etats-Unis est un des premiers à s’engager dans l’OSS américaine durant la guerre. C’est la période du front uni contre le nazisme. N’oublions pas qu’à cette époque, les services secrets américains étaient ouverts à toutes les bonnes volontés et ils s’en mordirent les doigts par la suite. A la fin de la guerre, il est un des piliers du régime de Tito mais fuit son pays en 1956 à la suite de divergences graves sur la question nucléaire.
A partir de ce moment, il multiplie les contacts avec le monde occidental, en particulier aux Etats-Unis. Petit à petit, Dedijer prend fait et cause pour les thèses anglo-saxonnes en matière de Business et Competitive Intelligence. Selon lui, parler des rivalités géoéconomiques entre puissances relevait de l’hérésie intellectuelle et de la mauvaise foi.  Cette soumission au discours export nord-américain n’était pas neutre. Il avait trop roulé sa bosse pour ignorer dès la fin des années 40 les manœuvres souterraines des pétroliers américains dans leur conquête de marchés au Moyen Orient et leur absence d’état d’âme vis à vis des alliés britanniques. Difficile d’imaginer que Dedijer se soit lobotomisé en passant à l’Ouest. Comment pouvait-il faire autrement que valider la pensée occidentale dominante s’il voulait se faire accepter par les milieux d’outre Atlantique, y compris par les pontes des SR qui l’avaient traqué jadis comme William Colby de la CIA.
Dedijer avait-il vraiment tourné la page ? Jouait-il la carte de la culture des standards américains pour se maintenir à flots ? Assurer le quotidien n’a pas été une mince affaire pour lui. Une anecdote troublante mérite d’être rappelée. L’été qui précède la tentative de putsch contre Gorbatchev à Moscou, un jeune expert européen séjourne chez Dédijer. Au détour d’une polémique orageuse sur la notion de préservation du secret,  Dedijer glisse à son interlocuteur : « ouvre ta radio le 19 août et écoute les nouvelles », c’était quelques semaines avant que les orthodoxes du régime ne tentent le 19 août 1991 de renverser Gorbatchev par les armes. Stevan Dedijer avait vraiment de bonnes intuitions. Les deux journalistes d’Antenne2, qui ont filmé Dedijer de passage sur ses terres avant l’implosion de la Yougoslavie, ont peut-être eu la chance de se faire ce jour-là une idée plus précise du personnage.

L’affaire AZF3

20 octobre, 2004 · Poster un commentaire 

Commme AZF2, le chantage exercé sur 8 entreprises par des individus se réclamant d’un pseudo groupe AZF ressemble plus à de la provocation qu’à une action purement criminelle. Les individus qui se cachent derrière le sigle AZF ne sont pas les terroristes ou les criminels que l’on croit mais les éventuels héritiers d’une mouvance subversive qui a comme principal objectif de ridiculiser dans un premier temps l’image de Sarkozy et dans un deuxième temps la police. Force est de reconnaître que ceux-ci ont jusque-là accompli un parcours quasiment sans fautes.Le soin pris apparamment par ces individus de faire tourner en rond leurs interlocuteurs sans manifester l’intention rélle de toucher la moindre rançon, n’est pas forcément en rapport avec la pression policière. Cette pratique incohérente a peut-être été pensée dès le début des deux affaires par les protagonistes de ce type d’action qui glisse progressivement vers le terrain de la guerre de l’information. La ruse élémentaire serait de changer de mode opératoire dans la provocation afin de brouiller les cartes et entretenir ainsi la confusion dans les esprits. Espérons que l’hypothèse policière sur une piste criminelle se vérifiera dans la réalité et l’emportera sur cette nouvelle forme d’activisme car l’appareil d’Etat n’a pas encore intégré cette dimension des menaces.

L’avenir du télégramme diplomatique

19 octobre, 2004 · Poster un commentaire 

La société de l’information bouscule les cultures les plus solides. En générant la diffusion instantanée de l’information à un niveau planétaire, Internet  modifie le rapport au temps et  le mode d’écriture des messages. Le Quai d’Orsay a bâti la philosophie de son action à partir du télégramme diplomatique chiffré et envoyé par télex.


Si le télex présente des avantages indéniables en matière de chiffrement et de structuration du mode rédaction des écrits rédigés par la diplomatie française, cette pratique est partiellement remise en cause en terme de souplesse d’emploi par les messageries électroniques. Le télex est un peu le SMS de l’administration alors qu’il n’est pas vécu comme cela. Un mail peut comporter en fichiers joints de l’image, de la parole, du texte sans oublier les power point. Cet élargissement des capacités de démonstration et de contenu par le mail soulève le problème de la création de connaissances et de son formatage par l’administration. Le suivi des évènements complexes aux quatre coins de la planète réclame une révision des critères d’efficacité. La crainte ressentie par l’administration du Quai porte sur le risque de remise en cause de la culture du personnel diplomatique en cas de révision de la pratique du télégramme.


 

Un centre de situation n’est pas une war room

18 octobre, 2004 · Poster un commentaire 

L’administration française peine à s’extraire des contraintes imposées par les politiques. Une démonstration exemplaire nous est donnée par notre incapacité à assimiler le concept de war room. En France, les centres informatisés mis en place depuis les années 1990 dans les Ministères stratégiques (Défense, Affaires étrangères, Intérieur) sont des instruments de gestion de crise et non des centres de commandement permanents d’où peuvent être initiées des stratégies de moyen et long terme.

C’est la grande différence qui nous distingue de la mutation en cours suivie par le modèle américain depuis la première guerre du Golfe. Le concept américain de war room est destiné à intégrer le processus de prise de décision dans la dimension opérationnelle de la société de l’information. Ce qui est possible aux Etats-Unis ne l’est pas encore en France à cause de la crainte du politique à déléguer trop de pouvoir aux administrations. Les cabinets ministériels sont les substituts humains des war room à la française. Cette comparaison n’est pas à notre avantage car elle est une image criante de notre archaïsme en matière de modernité du fonctionnement de l’Etat. Prenons un seul exemple basique : quelle est la capacité opérationnelle de transmission de la mémoire vive entre deux gouvernements du même camp. Un exemple catastrophique nous a été donné par l’équipe Rocard lorsqu’elle a quitté Matignon lors de l’arrivée d’Edith Cresson : la plupart des ordinateurs avait disparu, idem pour les archives. L’équipe Cresson a dû tout reconstituer dans un climat d’improvisation particulièrement difficile à gérer. Ce cas limite est, espérons-le l’exception qui confirme la règle.
Pendant ce temps, nos amis américains ne chôment pas en matière de war room. Ils sont déjà passés au stade de la formation des élites. La photo ci-dessous provient de l’université du Maryland où a été installé cette war room, afin de former les étudiants au pilotage global de l’information en temps réel. Ce système a aussi été mis en place à l’université d’Harvard, de Standford, et bien entendu au célèbre MIT.


Les résistances au changement dans le renseignement de police

15 octobre, 2004 · Poster un commentaire 

Certaines administrations commencent à découvrir les effets de la société de l’information. A lire Valeurs actuelles, dans son numéro 3540 du 7 octobre dernier, les policiers des Renseignements Généraux vivraient très mal la fin des notes blanches non signées. La réforme imposée par le nouveau patron de la Direction Centrale des Renseignements Généraux est tout à fait conforme à la mutation qui doit se faire dans les méthodes de gestion de la connaissance de la Police nationale.Contrairement à la tradition de la police de Fouché, la question n’est plus de dénoncer mais de comprendre et d’anticiper sur des enjeux multiformes et de plus en plus complexes. La création d’une mémoire opérationnelle identifiable par les logos et les noms des rédacteurs est en soi une révolution. Des administrations très renfermées sur elles-mêmes, comme le Quai d’Orsay, l’ont d’ailleurs timidement mais sûrement introduit dans leur propre culture. Ainsi au Ministère de Affaires étrangères, le rédacteur d’une note apparaît maintenant en tout petit sur le document. C’est un début. L’objectif de cette réforme est de permettre un jour à un décideur de la nouvelle génération de faire venir dans son bureau l’émetteur de la note et de discuter avec lui d’un point précis sans s’emmêler les pieds dans les contraintes hiérarchiques (certains chefs font écran pour se valoriser à la place de leurs collaborateurs directs, ce qui est improductif et très néfaste à l’efficacité d’une structure de renseignement ouverte ou fermée). A la fin des années 1990, Jean-Pierre Pochon, alors directeur des RG de la Préfecture de Police de Paris avait tenté une réforme sur les méthodes de renseignement en matière de sécurité publique. Il espéra la faire passer en procédant graduellement à plus de 100 mutations sur près de 700 fonctionnaires. Mais la culture maison fut la plus forte. Les nouveaux furent rapidement mis au pas par les anciens. La réforme se solda par un échec. La persistance de la culture orale dans le renseignement de police, l’absence de bases de connaissance analytiques (on ne parle pas là de fichage mais d’analyse des comportements, ce qui ne soulève pas le faux problème de la CNIL) sont en train de devenir des failles sérieuses dans notre dispositif de sécurité dès lors que les comportements criminels les ont identifié et en jouent. L’absence de résultat dans l’enquête sur le groupe qui signa ses provocations par le sigle AZF est peut-être le premier symptôme de ce type de déficience du système.

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